« Pour moi, le dixième, et que de fois ne l’ai-je pas dit, est un quartier de poètes et de locomotives. Le douzième aussi a ses locomotives, mais il a moins de poètes. Mettons nous d’accord sur ce mot. Point n’est besoin d’écrire pour avoir de la poésie dans ses poches. Il y a d’abord ceux qui écrivent, et qui constituent une académie errante. Puis il y a ceux qui connaissent ces secrets grâce auxquels le mariage de la sensibilité et du quartier fabrique du bonheur. C’est pourquoi je pare du noble titre de poète des charrons, des marchands de vélos, des épiciers, des maraîchers, des fleuristes et des serruriers de la rue Château-Landon ou de la rue d’Aubervilliers, du quai de la Loire, de la rue du Terrage et de la rue des Vinaigriers. A les voir, à leur sourire en courant sur le trottoir gravé de fatigues, à demander des nouvelles de leurs filles, à voir leurs fils soldats, je mens réjoui jusqu’aux écrous secrets de mon vieux cœur sans haine. »
(Léon-Paul Fargue, Le piéton de Paris, Gallimard 1932, Folio 1982, N°1376, p. 28-29.)

La radio disait, récemment, que dans une ville on avait mis en place un système de PV pour piétons, s’ils ne traversaient pas « dans les clous ». L’image, inadéquate, renvoyait à ces têtes rondes, polies, enfoncées dans le bitume, que l’on aurait aimé caresser de la main (au risque de se faire écraser par une voiture), et disparues désormais quasiment du paysage urbain. Certains clous étaient argentés, d’autres dorés. Il devait pourtant bien exister, ici ou là, un collectionneur « détraqué » qui en avait arraché quelques-uns, pour son propre plaisir, la nuit tombée…
Maintenant, c’est la peinture qui protège le piéton ; en Allemagne ou autres pays plus policés, un individu qui traverse une rue à tort et en travers est tout de suite catalogué comme Français. Car on ne joue pas partout avec le sens civique.

(Quai de Jemmapes, Paris, 10e, 30/10/07, 11h.52. Cliquer pour agrandir.)
A l’instar de l’automobiliste, le piéton peut représenter une future « vache à lait » pour un Etat impécunieux (a-t-on déjà pensé aux radars pour bipèdes naviguant sur trottoirs ?). Retrait du permis de marcher, immobilisation forcée du « corps du délit » pendant quelques mois, et stage obligatoire dans une officine privée pour récupérer ses « points »… Mais création d’emplois à la clé !
Péripatéticien(ne) : dorénavant, une occupation à risque peu calculable. Sans oublier les campements de Roumains en Italie de « centre gauche », et les stationnements illicites à Paris qui gênent la circulation rue de la Banque (2e), et défigurent l’aspect riant du quartier de la Bourse, malgré les badines brandies par le couple MAM-Hortefeux.
Et puis, cette nuit, un incendie, passage Brady : ce sont toujours les pauvres (« les personnes démunies », comme ils disent) et les étrangers qui meurent les premiers.
Dominique Hasselmann
Bouh.
Votre phrase finale résonne tristement.
Tant de clous à collectionner dans ce monde… que « le monde entier est un cactus » me reste dans l’oreille.
Kiki
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D’abord, on ne dit pas les « personnes démunies » – on dit : les « pludémunis » (en un seul mot). En général, ils vivent dans « lécitéléquartiers » (mais pas toujours).
Ensuite, les amendes pour piétons, c’est prévu – à Singapour, du moins en théorie ; j’ai oublié le tarif, mais il est affiché, je crois. De toute façon, les passages pour piétons y sont si nombreux qu’il faut être Français et vicieux (tautologie ?) pour contrevenir.
Il y a même des passages en dehors des carrefours à feux tricolores – oui, rien que pour les piétons ; ils sont signalés, comme en Grande-Bretagne, par une grosse boule orange qui clignote. Et les autos, comme en GB, s’arrêtent pile dès que le piéton pose un pied sur la chaussée (mais je me demande si je ne suis pas en train de radoter, là…).
La discipline des Allemands est bien connue ; celle des Suédois l’est moins. Je crois pourtant qu’en plein Sahara, sans voiture ni chameau à l’horizon, les sujets de Bernadotte attendraient que le petit bonhomme vert remplace le petit bonhomme rouge.
Cela dit… le piéton français, vache à lait pour les finances ? Pas sûr… Les agents et autres gendarmes peuvent aussi avoir peur du ridicule – à moins que le Ministre-de-Tout ne dise : « Je veux du chiffre ! ».
Mais lui aussi risque le ridicule…
Pas simple.
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