Sarkozy corner

Dormir dans un cosy corner, c’est bénéficier de la compagnie des livres qui en garnissent souvent les deux pans : comme par osmose, leur contenu vient peupler les rêves (sauf s’il y a parmi eux, sur l’étagère, Melmoth !).

Ces lits à une ou deux places, où l’on est comme gardé et protégé à la fois dans l’angle des murs, ne me semblent plus exister, et il y a longtemps que je n’ai pas entendu de pub à la radio pour Monsieur Ségalo.

Dommage, le cosy corner ressemblait à une barque dans la nuit, sur une mer de lecture imaginée.

J’y pensais, en voyant ce micro-ordinateur délaissé en plein-air au coin du canal Saint-Martin, comme un chien perdu sans collier, et j’avais entendu, dans la revue de presse de ce matin (8h.30) à France Inter, le titre d’un journal : « Starkozy », pas mal trouvé !

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(Photo : Paris, 30/12/07, 11h.39.)

Oui, c’était nécessaire que l’on parle de lui, que l’on écrive sur lui, que l’on décrypte sans cesse son discours agité ou lénifiant (comme celui du soir du 31 décembre) et sa politique horodatée à la Rolex : non pas cacher l’infâme, mais le mettre en pleine lumière.

L’édition allait même profiter de cette aubaine (faudrait-il pour autant en redemander pour cinq ans ?) : après Alain Badiou, puis Alain Brossat, bientôt Mona Chollet, en attendant d’autres courageux qui lui feraient sa fête présidentielle.

Sur Internet on pouvait imaginer un thème : « Tous les blogs sur Sarkozy » : non pas une journée « sans » (elle a récolté peu de succès) mais au contraire le trop-plein, la surenchère (Henri Guaino n’est-il pas une sorte de commissaire-priseur des discours de son maître ?), l’excès provoquant un immense rejet du fanfaron ?

Etait-ce « obsession » ou prise en compte de la réalité ? Etait-ce « obsession » ou dénonciation, que l’on ne pouvait retenir, d’un « pétainisme soft » (Alain Badiou) introduit depuis la tête de l’Etat jusque dans tout son grand corps malade, en proie à une infection généralisée ?

Mais après tout, si ces critiques dérangeaient le désordre établi des choses, il suffisait de ligaturer toutes les sources d’information, d’interdire Internet (comme lors de la récente révolte en Birmanie), et de fermer une fois pour toutes les écluses du canal.

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(Photo : Paris, 30/12/07, 11h.40.)

Dominique Hasselmann

6 commentaires sur “Sarkozy corner

  1. « Je ne peux exclure que M. Sarkozy réoriente sa politique dans ce sens, mais il ne l’a pas montré jusqu’à présent et n’en donne aucun signe. Si sa reprise du thème de la « politique de civilisation » pouvait éveiller l’intérêt, notamment de la gauche, non pour l’expression mais pour le fond, ce ne serait que souhaitable. » (E. Morin, en réponse à Sylvia Zappi, lemonde.fr, 2 janvier 2008)

    un petit noir, sans clope ! pas de café du Commerce, pas de politique fumeuse … Bachelot (notre coeur à tous) veille.

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  2. Une « civilisation de la politique » aurait évité l’accusation de plagiat et aurait eu un air « à la Malraux »… moins mortel que le copier-coller sans signification utilisé par le Président en costume de Président (on regrette le short Nike).

    Edgar Morin semble se faire peu d’illusions sur la mise en pratique de sa formule devenue inopinément célèbre : certes, le programme est vaste… et donc il faudra bien attendre 2012 si on veut la voir reprise par quelqu’un(e) de l’opposition !

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  3. Je vais installer un autel à la Déesse « à moins que » et lui psalmodier ma prière (2012 ? à moins que ! 2012 ? à moins que !). J’espère des résultats visibles sous peu. Ce siècle sera mystique ou ne sera pas.
    Kiki 🙂

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  4. Vous avez raison, le Vatican offre, depuis la dernière visite bigarrée du Président, des moulins à prière à des tarifs imbattables : on peut les commander par Internet, il suffit d’avoir sa carte de l’UMP pour obtenir une réduction qui approcherait les 170 %, dit-on.

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