Aubade : prévention des risques

Ces Tunisiennes, ces « KGB », qui travaillent pour Aubade, dont le patron suisse est un gros bonnet (il a viré les dirigeants familiaux dont le nom figure pourtant toujours sur le site de l’entreprise), ne porteront sans doute jamais les soutiens-gorges qu’elles piquent, cousent et assemblent.

Un maître de conférences, nettement plus sérieux qu’un journaliste du Monde, explique sur son blog pourquoi la délocalisation d’Aubade est nécessaire : une chance pour un pays en voie de développement et un atout pour la boîte qui paie 9 € par jour ses petites employées aux doigts de fée.

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La pub Aubade coûte évidemment bonbon, la pédagogie n’est pas gratuite. Un livre (non, l’auteur ne s’appelle pas Ovide) rassemble même, pour ceux qui veulent réviser, les différentes « leçons » publicitaires que l’on a vu s’étaler dans les hebdos ou sur les abribus Decaux.

Les ouvrières (un homme ne saurait coudre une petite culotte, surtout dans une usine sise à La Trimouille) ont beau pleurnicher sur leur sort – licenciement ici ou exploitation là-bas : Aubade voit son chiffre d’affaires grimper, on recrute, les affaires sont florissantes, le marché masculin est également en plein essor, un magasin a même été ouvert à Moscou.

Le PDG Felix « culpa » Sulzberger est donc un Suisse heureux : il ne vend pas de chocolat ni de couteau à dix-huit lames, et s’il adore l’alpinisme, il ne néglige pas pour autant la prévention des risques !

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(Photo Bernard Matussière pour Aubade.)

Dominique Hasselmann

15 commentaires sur “Aubade : prévention des risques

  1. Rester badaude d’Aubade pour un badinage luxueux du corps.

    Daube (manière de faire cuire certaines viandes – tunisiennes ? –
    à l’étouffée dans un récipient fermé) adoubée par les gorges pigeonnantes.

    Oui au boycott par les femmes comme le suggère un des articles.
    O bad, so bad, so sad.

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  2. Pourquoi s’étonner de ce qui n’est pas nouveau … Kickers… Aubade…la Tunisie a toujours été la terre de prédilection pour les entreprises… « entreprenantes » … Normal ! 20 ans après les salariés tunisiens ont sont toujours au même point…rien ne bouge dans le Maghreb…Maroc, Algérie Tunisie ont bloqué les compteurs du temps…l’économique et social est cristallisé comme une rose des sables. Il faut écouter le muezzin plutôt qu’écouter le chant du monde…

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  3. « Mais la description de ses  » baisades  » désordonnées frappe moins par la crudité que par la rage de s’épuiser, et même de se perdre, qu’elles trahissent. »

    Il s’agit des « Lettres d’Egypte », où sous couvert d’une mission pour le ministère de l’Agriculture et du Commerce, Flaubert entreprend avec son ami Maxime Du Camp un voyage en Orient. De novembre 1849 à juillet 1850, il parcourt l’Egypte.

    (v. la couverture de l’édition bien nommée « Mille et une nuits : lien pcc Gustave Flaubert)

    Aujourd’hui, les baisades sont ordonnées à la manière d’exercices ô combien spirituels : les aubades (l’euphémisation garde la crudité, il suffit de faire la liaison).

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  4. Par ailleurs (considerations sociales, etc…), je trouve cet accoutrement aussi débile que le voile islamique, paradoxalement, le ridicule est le même….
    Vais-je me faire incendier, pas grave.
    Qu’en penses-tu Chasse-clou ?

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  5. Le maître conférencier nous apprend deux choses importantes qui semblent le fondement même d’Aubade. Première vérité : « Aubade consacre 10% de son chiffre d’affaires à la communication, dont on connaît l’efficacité (les 71 leçons de séduction) ». Deuxième vérité : « Ceci ne signifie pas que toute délocalisation est rationnelle mais, à l’inverse, il ne faudrait pas croire qu’aucune délocalisation n’est rationnelle ».

    Délocaliser pour la Tunisie, c’est faire en sorte que « l’espace des libertés progresse » car, en réalité, « tout n’est pas parfait en Tunisie, certes. Tout n’est pas parfait en France non plus (…) mais je veux le dire aussi parce que je le pense, quel pays peut s’enorgueillir d’avoir autant avancé en un demi siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance, et sur la voie de la raison ? »

    N’oublions pas mon cher Dominique que « vous avez une main d’œuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation (…), ce n’est pas les uns contre les autres, c’est les uns avec les autres. C’est ça le partenariat ».

    Pour cette dernière vérité, le président français a rougi sous les applaudissements de l’aréopage venu entendre son message.

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  6. Ils nous feraient avaler des baleines avec leur sacro-seins(te) rentabilité. Les petites mains tunisiennes d’Aubade sont aussi victimes de racisme de la part de leurs compatriotes, car ils vont les chercher au fin fond du bled, elles gardent des chèvres en temps normal, et la chute de l’article du monde est délicieusement cocasse.

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  7. – totem : on en deviendrait chèvre.

    – Pierre R. Chantelois : le Président a montré la voie, et l’horizon radieux est au bout.

    – Marion : à chacun de se faire sa religion !

    – pcc Gustave Flaubert : il s’agit des cinq premières « leçons » ? Ces « baisades » littéraires relèvent le niveau de la pub !

    – Sophie : oui, l’ami Ben Ali n’en est pas moins très fréquentable par le président de la République.

    – Océania : l’accessoire vous inspire !

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  8. la publicité n’a jamais provoqué qu’une vague frustration, désopilante si on l’objective : madame cbs nano première nous le démontre ces jours-ci, hein… Ce n’est pas que ce soit si dégueulasse (Fadela) mais juste avilissant afin d’anesthésier notre capacité à nous indigner. Remarquez bien que nul visage n’orne ces « leçons » de chose… Pfff

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  9. il existe un très impressionnant documentaire réalisé en 2000 par Marie-France Collard « Ouvrières du monde », sur la délocalisation d’usines sous-traitantes de Lévi’s du nord de la France et de Belgique en Indonésie. Où l’on voit des ouvrières de Djakarta ayant récupéré leur boulot visionner des entretiens avec des ouvrières d’ici licenciées et leur tristesse et leur colère quand elles les entendent dire « si elles veulent faire ça pour un bol de riz »… Poignant, détresse et dignité du travail bafouée partout. A voir si vous en avez l’occasion. Plus d’infos ici
    http://voiretagir.org/spip.php?article21

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  10. – Pdb : il est bien précisé sur le site de l’entreprise (ouvrir les liens) que l’absence de visage est faite justement pour qu’une meilleure identification des clientes ait lieu par rapport à ces visuels. Le règne de la femme sans tête, en quelque sorte.

    – ms : merci pour ces indications et le lien ajouté.

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  11. Le texte de Dominique Hasselmann m’évoque « Les amantes » un roman d’Elfriede Jelinek (éd. Jacqueline Chambon, 1992 pour la trad. française)

    Extrait : connaissez-vous ce BEAU pays avec ses monts et ses vaux ?(…) au milieu de ce beau pays, de braves gens ont bâti une usine. (…) toutes les personnes venues en ce lieu sont des femmes. elles cousent. cousent des corsages, des soutiens-gorge, parfois aussi des corsets et des slips. souvent ces femmes se marient ou périssent d’une autre façon. mais tant qu’elles cousent, elles cousent. souvent leur regard se pose au-dehors, sur un oiseau, une abeille ou une herbe. la nature à l’extérieur, elles en profitent. (…) ici le bonheur s’épanouit, ça se voit. qui ne trouve pas le bonheur dans le paysage, trouve le bonheur dans les enfants et le mari. qui ne trouve pas le bonheur dans le paysage, les enfants ou le mari, trouve le bonheur dans le travail. (…) ici les femmes sont disposées à coudre, elles sont prédisposées à la couture qu’elles ont dans le sang. elles n’ont plus qu’à se saigner. il s’agit ici d’un travail tranquille, d’un travail de femmes. beaucoup de femmes ne cousent pas de tout leur coeur, une moitié est prise par la famille. certaines femmes cousent de tout leur coeur. ce ne sont pas les meilleures. (…) si quelqu’un vit son destin, alors ce n’est pas ici.

    C’est écrit ainsi sur 220 pages, sans aucune majuscule, en petits paragraphes d’une, deux, trois ou quatre lignes. Un texte terrible.

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