La leçon d’Eric Besson

La question méritait d’être posée : faut-il ou non participer au « Grand débat sur l’identité nationale », lancé par Eric Besson sous forme d’un site Internet et de réunions prévues dans les préfectures (penser à emporter, à tout hasard, ses papiers).

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(Capture d’écran du site gouvernemental. Le tag a été rajouté.)

Le journal Le Monde s’inquiète pourtant de lire un certain nombre d’opinions racistes ou xénophobes sur ce défouloir officiel, ouvert depuis le 2 novembre, et dont certaines auraient échappé à la vigilance de modérateurs sans doute en trop petit nombre. C’est donc l’occasion rêvée de créer des emplois supplémentaires !

Pourtant, un journal d’information en ligne, Mediapart, dirigé par Edwy Plenel (célèbre ancien trotskiste et dangereux gauchisse), a osé lancer, le 2 décembre dernier, une pétition, signée par quelque deux cents contestataires professionnels et plus de 20 000 personnes à ce jour, dépourvues de tout sens civique, invitant à ne pas participer à cette consultation.

Est-ce bien raisonnable, à l’heure où notre ministre, successeur de Brice Hortefeux, se congratule lui-même : « Moi, je me réjouis que la France des comptoirs, la France des cafés, se soit emparé (sic) de ce débat. » (Le Figaro, 5.12.09) ?

bandeau-ministere-besson.1260087808.jpg(Capture d’écran du site du ministère d’Eric Besson. Le tag a été rajouté.)

Il est vrai qu’Eric Besson a l’art de surprendre : regardons à nouveau cet extrait de Ripostes du 14 janvier 2007, sur France 5 (thème : « Quelle France avec Nicolas Sarkozy ? »), émission dirigée par Serge Moati, le jour même où Nicolas Sarkozy a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle.

Le futur ministre du gouvernement actuel, à l’époque secrétaire national du PS, chargé de l’économie et de la fiscalité, se trouvait affronté à… Brice Hortefeux et avait à sa droite Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo et pas encore nommé, par le président de la République, directeur de France Inter.

Eric Besson, lui, quelques semaines après sa brillante prestation en guise de riposte, démissionnera du PS le 21 février 2007. Il se ralliera officiellement à Nicolas Sarkozy le 22 avril 2007 (au soir du premier tour de l’élection présidentielle).

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(Capture d’écran de l’émission. A gauche, Philippe Val, à droite, Eric Besson.)

Un petit extrait, lors de l’intervention de notre ministre « débatteur » concernant son futur chef : « Troisième élément : il n’a pas réussi, dans son discours, malgré sa thématique, à effacer, ce qui est à mon avis le principal danger de Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire à ce que seraient ce que nous estimons être les atteintes à la République laïque et sociale. »

Voir ici l’émission dans son intégralité.

Le « dazibao » d’Eric Besson, comme se plaît à le nommer Serge Moati, est montré au début de l’émission par l’animateur ; c’est un brûlot de 90 pages et au titre percutant : Les Inquiétantes ruptures de M. Sarkozy.

Concernant la « discriminiation positive », par exemple, Eric Besson écrit, en ne reculant pas devant la leçon à donner :  « C’est abandonner les principes de notre République et compter les habitants de notre République par race ou par ethnie. Ce que la France n’a fait qu’aux pires moments de son histoire, ceux de l’esclavage, de la colonisation ou du régime de Vichy. » (page 35.)

Le document complet peut être dégusté ici même.

Reste à savoir si Eric Besson, qui s’est estimé mis en cause, le 3 novembre, par une chronique de Stéphane Guillon sur France Inter, va porter plainte contre celui-ci, comme il en a manifesté l’intention.

Il lui sera sans doute utile alors de demander l’avis de Philippe Val, son ancien camarade de débat… télévisé !

Dominique Hasselmann

22 commentaires sur “La leçon d’Eric Besson

  1. On comprend mieux le déclin du PS , ce E.B en a fait partie.

    Comment le parti, en son temps, ne s’est pas rendu compte de ses dérives…

    C’est à croire que les partis de gauche et de droite s’accordaient sur leurs façon « d’éradiquer l’étranger ». C’est toujours la surenchère à son propos à l’approche des élections

    un excellent blog qui ne mâche pas ses mots

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  2. Et si M. Besson avait été trépané depuis 2007 ? Ce genre d’opération ne s’ébruite pas…
    Regardez ce qui est arrivé à Rocard depuis qu’il a été opéré en Inde suite à une hémorragie cérébrale…

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  3. @ gballand : si vous examinez la liste des 201 personnalités ayant signé, sur le site de mediapart, la pétition contre la participation au « Grand débat… » vous y verrez, entre autres, la signature de Michel Rocard.

    Des instants de lucidité ?

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  4. Comment peut-on changer à ce point d’opinion, surtout sur une question si grave ?! Je sais, je suis naïve. A-t-il seulement changé d’opinion ? Eric Besson : la palme de l’opportunisme.
    En attendant, ce débat sur l’identité nationale me rend malade par les remarques racistes et xénophobes que certains, totalement décomplexés, balancent sur le site du ministère. Remuons la fange, et voyons ce qu’il en restera. Certainement, rien de bon… Tout cela m’écœure.

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  5. Il y a un véritable problème quant au débat sur l’identité nationale du fait qu’il est orienté et se focalisant sur l’immigration. La place qu’a pris l’islam dans ce débat fausse complètement le débat. A cela s’ajoute un manque de maitrise des concepts utilisés, trop de confusion même chez les certains intellectuels. On fait abstraction sur les droits de français du fait qu’on parle de l’islam. Il ne s’agit pas des musulmans mais de français de confession musulmane. On se voile derrière l’islam pour nier les droits de français. Au passage d’un monde ou régner l’isolement culturel à un monde ou régner l’interculturel, l’enjeu aujourd’hui est de savoir si les identités sont capables d’intégrer de nouveaux éléments. cet enjeu se pose autant à la france autant aux pays notamment musulmans, c’est-à-dire à majorité musulmane. Il faut composer avec les faits au lieu de songer à les nier car ce débat prend une allure virtuelle sans trop de lien avec la réalité des sociétés d’aujourd’hui. Il est nostalgique, fantasmatique. Nos société d’aujourd’hui sont incapable de penser la différence, d’etre indifférent à la différence.

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  6. Entendu sur France inter ce matin, un extrait de feu le tribunal des flagrants délires. C’est Luis Rego (qui jouait le rôle de l’avocat) qui parle:
    « un Français moyen, c’est quoi un Français moyen?
    C’est pas un Français de souche, c’est sûr!
    Un Arabe? faut pas exagérer quand même!
    Non…on va dire…un Portugais…comme moi, quoi.  »

    C’était il y a trente ans!!!

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  7. @ Chantal Serrière : si l’humour n’est pas téméraire (ou noir), il ne nous reste plus que les comiques amis du Président, les Bigard (oui, j’ai dit Bigard), Boon, Clavier…

    @ Lavande : oui, progrès lents de la société.

    @ Jef : ne pas oublier le préfet Poubelle.

    @ Hamel : la différence (France Inter ?), certes !

    @ Maudj : un bien beau parcours en effet.

    @ Dom A. : la pantalonnade au pouvoir.

    @ Jyf : excellent, on en redemande.

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  8. @ Hamel : merci.
    J’ajoute que la capacité de relativiser, c’est à dire de ne pas privilégier une référence par rapport à une autre, est une qualité philosophique à la dérive.

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  9. Voyez, quand je regarde le visage de ce ministre, veste retournée, toute honte bue, toute dignité jetée à la rue, toute éthique piétinée honnie haïe, ses rictus semblables à ceux de son mentor perclus de tics, comme ceux du maire de Nice « qui n’a jamais trahi » -ahahahah la bonne blague- quand je vois donc l’humoriste ex directeur de feuille, et ce ministre en vêtement clair, je pense à un de ces jours de mai 93, sur les bords d’un canal où un type, ex premier ministre, s’est foutu une balle dans la tête parce que son éthique, sa morale, sa dignité et sa droiture avaient été mises à mal : grand écart, hein… Je me demande ce que voit monsieur Besson, le matin, en son miroir.

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  10. Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale !!! quel nom grotesque et quel ministère ridicule à pouffer de rire si il n’était le relent des pires périodes de l’histoire de France (que l’on tente actuellement de cesser d’enseigner au profit des maths).
    Lors de sa campagne Présidentielle Sarkozy affichait sa volonté d’économie de ministères !!! (éclat de rire) le moins que l’on puisse dire c’est que le ministère de l’immigration et de l’identité nationale n’a vocation qu’à remuer « la merde » de la droite rigide la plus « obscène » (je vais éviter de la décrire plus précisément).
    Aérez-vous, braves gens, des miasmes ambiants car ils sont contagieux, mutants et sans vaccins adjuvés ou pas ! 🙂
    Les vrais problèmes sont ailleurs. La planète va surement se charger du grand nettoyage de la mondialisation et les rats savent qu’ils vont devoir quiiter le navire plus rapidement que prévu … Cela explique les retournements de slips sales de quelques opportunistes.
    Pourquoi ne pas proposer un concours de noms de futurs ministères ! rire (le gouvernement est en panne).
    Une armée de balais chasse clou ? 😉 hum ! un convent de sorcières alors ! rires

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  11. Bon, j’aurais bien cliqué pour aller déguster le « document complet » (sic)mais ce billet nous convie déjà à un tel… raou(l)t qu’en prendre davantage serait gâcher.
    Bonne fin de week-end.

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  12. @ Cowboy : il faut le garder pour la bonne bouche, cet aliment complet.

    @ Sorcière : je propose déjà un « Ministère de l’Humour et de l’Ironie » (MHI) destiné à juguler toute échappée dans ces domaines dont on sait où ils peuvent mener.

    @ PdB : les promenades le long d’un canal peuvent être dangereuses. Il faudrait peut-être les interdire un jour ?

    @ nomade : je préfère au « relativisme » (si Einstein en avait fait une philosophie) la détermination (si Eisenstein en avait réalisé le grand-oeuvre).

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