Le ruban de l’autoroute

Au volant, malgré le paysage ensoleillé qui n’avait rien à voir avec un film de Kaurismäki, dont on trimballait l’intégrale en DVD comme cadeau d’anniversaire pour le fils qui avait atteint ses 16 ans le 19 juillet, je repensais à l’expression tellement classique : « le ruban de l’autoroute ».

Oui, « urban highway » aurait pu convenir, dans un renversement approximatif, même si la ville était en réalité la campagne et que celle-ci n’était pas finlandaise, atmosphère pourtant nordique mais nettement moins neurasthénique (ce jour-là) que dans certains road-movies venus du froid.

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Ce qui importait, c’était le travelling ininterrompu, l’œil-caméra – ou le ciné-œil – et, pour ce mouvement d’appareil têtu, ce roulement d’images sur musique anthracite, ressassée : pas besoin de rails, sauf ceux matérialisés par les rembardes de sécurité tout au long du bitume.

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Au fait, quelle était la marque de cette voiture ?

Dominique Hasselmann

Le Chasse-clouds

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

Hier soir, en les regardant filer leur théorie (déjà écrite), je pensais à la sortie d’un film aujourd’hui qui tente de copier la vie de Françoise Sagan : ces « merveilleux nuages » y laissaient-ils aussi leur trace ?

En fait, les écrivains ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : le cinéma les ressuscitait de temps à autre, car il semblait que leurs œuvres elles-mêmes ne suffisassent plus (une seconde naissance, en somme). Partout, on lisait que dans le film de Diane Kurys la ressemblance de Sylvie Testud avec la romancière, fan de Jaguar, était incroyable mais vraie.

Récemment, je m’étais laissé dire qu’un producteur de cinéma recherchait en vain, depuis quelque temps déjà, un acteur qui soit le clone parfait de Julien Gracq.

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Dominique Hasselmann

Exclusif : un des prochains sujets du bac !

Le Chasse-clou a pu se procurer l’un des prochains sujets du bac (épreuve de français), et il en fait donc, dans un effort naturel de transparence, profiter ses lecteurs :

« L’adaptation d’une œuvre littéraire au cinéma est-elle une copie, une trahison ou une création ? Comment transposer, réduire ou agrandir les mots en images ? En vous appuyant sur des exemples précis, vous analyserez les liens ou incompatibilités qui sont mis en jeu dans le processus littérature => cinéma. Vous répondrez in fine à la question : existe-t-il une hiérarchie dans les arts ? »

Durée de l’épreuve : 4 heures.
Coefficient : 1,5.

N.B. : Tout élève surpris en train de copier (sur son voisin, sur des fiches dissimulées dans ses manches, par téléphone portable ou tout autre appareil radioélectrique ou électronique, par gestes ou signaux codés, par transmission de pensée, etc.) sera immédiatement exclu de l’épreuve et du lycée. Il lui sera interdit à vie de se présenter à tout autre examen ou concours, qu’il soit public ou privé. Il sera, en outre, fouetté en place publique (celle de la Concorde) pour l’édification des masses laborieuses ou fainéantes.

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Dominique Hasselmann

Stationnement

Cet appareil photo prend des vidéos, il peut même faire aussi des photos, pour l’instant il ne reçoit pas la télévision, il pourrait être également lecteur mp3, branché WiFi, lire des fichiers Word ou PDF, envoyer et recevoir des SMS, servir de « liseuse », de GPS, de scanner pour écouter les fréquences de la police, de caméra personnelle de surveillance, de pièce d’identité biométrique, de carte Vitale, bancaire, de mémoire informatique, de clé USB, de carnet à dessins, de toile à peindre, de lampe de poche, de couteau suisse, de démonte-pneus, de pense-bête, d’écritoire, d’offertoire, de miroir pour maquillage, de piste de patins à glace…

Finalement, il lui manque les fonctions classiques d’un téléphone portable que l’on ne pense pas assez à utiliser.

Alors, juste une mini-vidéo.

Durée : 2’38 ; type : QuickTime file ; taille : 4 Mo sur le disque (4 189 119 octets) ; dimensions : 320 x 240 ; codecs : AAC, H.264, Hint ; date : 17 mai à 21h.16 ; lieu : avenue de la République, Paris, 11e, près du Monop’, rue de Malte.)

Avertissement : « Il ne se passe rien, en somme. »
(Georges Perec, Espèces d’espaces, Denoël/Gonthier 1976, page 79, Editions Galilée, Paris 1974).

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Dominique Hasselmann

Familles (nombreuses), je vous aime !

Cafouillis, cafouillages, bafouillages, embrouillamini, embrouillages, salmigondis, et tout cela en catimini…!

Non, ce n’est pas le capitaine Haddock qui est Premier ministre, mais voilà qu’à cause de la SNCF, « désormais une entreprise comme les autres », dixit François Fillon depuis Tokyo, la carte « famille nombreuse » a bien failli complètement dérailler.

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

Devant le tollé provoqué par une annonce apparemment non maîtrisée – le gouvernement a décidé d’amuser la galerie avec ses couacs quotidiens, en politique étrangère ou intérieure – il a fallu que le président de la République monte lui-même en première (ligne) et rétablisse, d’un strident coup de sifflet, une situation catastrophique sur le plan médiatique.

Et, dans un élan social irrépressible, Nicolas Sarkozy, désavouant tous ceux, y compris le Premier ministre, qui avaient déjà enterré l’avantage acquis (oui, il les défend, maintenant !) que représente cette carte de réduction, propose même que l’on accorde des « tarifs sociaux » aux familles monoparentales et à celles, « modestes », de moins de trois enfants.

Un peu de modestie ne messied pas.

Ainsi, Guillaume Pépy, le tout frais PDG de la SNCF, a dû filer à l’Elysée comme on se rend à Canossa, et Nadine Morano, la secrétaire d’Etat à la famille (que François Fillon visait puisque, pour lui, la politique familiale était de la seule responsabilité commerciale de cette société ferroviaire) a été obligée de constater qu’elle avait encore un rôle à jouer en la matière.

En fait, Nicolas Sarkozy (bonjour Nicolas Princen !) n’aurait-il pas montré ici qu’il a raté sa véritable vocation : celle de chef de gare ?

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Carrosse et fauteuil roulant

Le Chasse-clou n’entend évidemment pas se substituer à la grande presse et à la télévision qui a rapporté (hier, en direct jusqu’à 13h.15 sur TF1 et France 2) la somptueuse « visite d’Etat », politique et théâtrale, du président de la République française en Grande-Bretagne, accompagné de sa toute neuve épouse, vêtue de chic pour la circonstance.

Une promenade en carrosse avait été prévue pour les personnalités invitées.
My Kingdom for a horse !

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(Libération du 26/3, photo Reuters.)

Les commentateurs spécialisés analyseront plus tard combien « la nouvelle fraternité franco-britannique » s’en est soudain trouvée ragaillardie grâce, notamment, au déroulement de l’impeccable protocole.

Le jour même de ces festivités cadencées (bonnets à poils vs bibi fricotin), on apprenait la disparition du grand acteur de cinéma (c’est un métier) Richard Widmark.

Il avait reçu le Baiser de la mort (scène fameuse avec le fauteuil roulant), cette fois-ci réellement.

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(Photo Actions Cinémas/Théâtre du Temple.)

Dominique Hasselmann

Vapeurs méphitiques

Il faut voir ce film – qui brûle comme une torchère – dans une salle qui le mérite : par exemple le Max Linder Panorama à Paris. Aucune autre affiche pour le concurrencer au même endroit !

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Pourquoi There Will Be Blood, de Paul Thomas Anderson, sorti le 27 février, a-t-il un tel impact sur le spectateur ?

Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un film américain, on a connu tant d’autres œuvres cinématographiques chargées d’émotion ou de fureur.

Ce n’est pas une question de moyens, car il y a eu des productions plus coûteuses, plus longues, où les dollars coulaient visiblement à flot.

Ce n’est pas à cause du scénario, certains films sont peut-être plus inventifs, ménagent le suspense avant tout, et cherchent surtout à recueillir l’assentiment du public.

Non, ce film tire, extrait sa force d’une idée magistrale creusée tout du long et d’un acteur exceptionnel.

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

Le thème central : l’aventure d’un homme dressé contre l’impossible, non pas hymne à la réussite individuelle mais obstination magnifiée d’un destin personnel, celui du chercheur de pétrole, confronté au poids de la religion, tourmenté par la vie de son fils.

L’acteur, c’est le formidable Daniel Day-Lewis (déjà remarqué dans le surprenant In The Name of the Father, 1993, sur la lutte de l’IRA), et récompensé récemment par un Oscar à Hollywood.

Aucun acteur français n’arrive à sa cheville, ou n’oserait se mesurer à lui, peut-être même aucun acteur au monde.

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

There Will Be Blood est filmé par un cinéaste qui possède au plus haut point (celui de la précision du cadre) le sens de l’espace et du détail. L’art des dialogues, le choix d’une musique acouphénique et originale (Jonny Greewood, de Radiohead) créent au total une oeuvre puissante comme un geyser de sang noir.

Il reste à lire le roman d’Upton Sinclair (Oil !, 1927) à l’origine d’un film dégageant pour longtemps des vapeurs méphitiques.

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(Photo : Paris, boulevard Poissonière (9e), 29/2/08, 17h.53. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Devoir de miroir

Non, Christian Salmon (« Nicolas Sarkozy et les sarkologues », Le Monde du 15/2/08), le « prurit des commentaires » qui démange, d’après vous, les divers analystes du comportement du chef de l’Etat ne s’en tient pas seulement à l’aspect superficiel des choses. Vous écrivez : « A tel point qu’on dirait que la France n’a pas élu un président mais un sujet de conversation ».

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(Photo : cliquer pour agrandir.)
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Votre article a sans doute dû être rédigé avant l’intervention très digne, hier, de Simone Veil sur le site de L’Express, relative aux propos sur le « devoir de mémoire » tenus le 13 février par celui que vous comparez au Revizor de Gogol, « une figure de l’absence du politique ».

Ecoutez aussi le discours du Président, vendredi dernier, dans cette école de Périgueux, où, comme partout en France, un jour peut-être, il ne manquera plus sur les murs que son propre portrait sur fond de drapeau tricolore.

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

Ce simple « sujet de conversation », parlez-en aux caissières de Carrefour à Marseille, aux ouvriers de Kleber à Toul, de Miko à Saint-Dizier, d’Arcelor-Mittal à Gandrange, et prenez connaissance, dans le même temps, des profits des grandes entreprises du CAC 40 et de l’enrichissement « décomplexé » de leurs patrons.

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(Photo : cliquer pour agrandir.)

Le discours et la posture de Nicolas Sarkozy sont justement le reflet exact de sa politique : vous ne séparerez pas l’un de l’autre. Il est utile d’exercer à cette occasion comme un devoir de miroir. C’est l’histoire elle-même qui vous le dit.

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Dominique Hasselmann