Elles démarrent au signal invisible comme elles s’arrêtent d’un coup. Le chef d’orchestre clandestin est activement recherché. Leur musique insectuelle est répétitive, réservée aux élytres. Peu de variations sinon infimes, de temps en temps, il suffit peut-être d’un nuage.
Des corps diaphanes de cigales restent accrochés parfois aux branches : la vie est une enveloppe qui a brui.
Dans cette mini-vidéo, seul le hasard joue un rôle (il est payé en CDD).
Ici, les choses se déroulent, les passants déambulent, somnambules du matin. Une fois ces quelques plans filmés (encore le canal Saint-Martin, vous soupirez déjà…), j’ai pensé fugitivement à Krzysztof Kieslowski, un cinéaste dont on ne parle plus : Le Hasard (1987), Trois couleurs : Rouge (1994).
Un rapprochement osé à considérer uniquement à cause des titres !
Mobile en haut stabile en bas
Telle est la Tour Eiffel.
Calder est comme elle
Oiseleur du fer, horloger du vent, dresseur de fauves noirs
Ingénieur hilare
Architecte inquiétant
Sculpteur du temps
Tel est Calder.
Jacques Prévert (1966).
Cette mini-vidéo est en quelque sorte la suite de l’article d’hier (dans lequel j’ai rajouté un lien vers Le Cirque filmé) sur l’expo Calder, qui a lieu en ce moment au Centre Pompidou.
Si l’on sort du souterrain, on pourra se plonger dans une autre galerie des glaces, comme celle offerte hier soir sur France 2 : le seul débat politique télévisé (du faux direct) sur les élections européennes a tourné à la foire d’empoigne, aux insultes entre les participants, avec une Arlette Chabot dépassée par les événements.
Hier, 4 juin, c’était le vingtième anniversaire des massacres de la place Tiananmen à Pékin : un métro circule dans la capitale, depuis 1969, et débouche sur le champ de manœuvres des chars en cette année lointaine de 1989.
A Paris, on trouve encore une statue de la « déesse de la démocratie ».
« Les autobus sont doux au toucher surtout si on les prend entre les cuisses et qu’on les caresse avec les deux mains, de la tête vers la queue, du moteur vers la plate-forme. Mais quand on se trouve sur cette plate-forme alors on perçoit quelque chose de plus âpre et de plus rêche qui est la tôle ou la barre d’appui, tantôt quelque chose de plus rebondi et de plus élastique qui est une fesse. Quelques fois il y en a deux, alors on met la phrase au pluriel. On peut aussi saisir un objet tubulaire et palpitant qui dégurgite des sons idiots, ou bien un ustensile aux spirales tressées plus douces qu’un chapelet, plus soyeuses qu’un fil de fer barbelé, plus veloutées qu’une corde et plus menues qu’un câble. Ou bien encore on peut toucher du doigt la connerie humaine, légèrement visqueuse et gluante, à cause de la chaleur.
Puis, si l’on patiente une heure ou deux, alors devant une gare raboteuse, on peut tremper sa main tiède dans l’exquise fraîcheur d’un bouton de corozo qui n’est pas à sa place. »
Raymond Queneau, Exercices de style, « Tactile », Gallimard, 1947, 1963, 1979.
« Il est bon d’avoir à la portée de l’œil une eau calme comme un potage de jade à la surface duquel cuisent des péniches, des passerelles aux courbes d’insectes amoureux, des quais robustes et désespérés, des fenêtres fermées sur des misères violentes, des boutiques pour lesquelles le métro aérien imite Wagner et Zeus, des garnis lourds et bruns comme des algues, de belles filles de boulevard poussées dans ce jardin sévère avec la grâce littéraire des ancolies, des bougnats, des trains qui ont la longueur d’un instant de cafard, des chats qu’on sent lourds de moulins à café, des potassons sédentaires, des bouifs centenaires, des dentistes quaternaires… le tout auréolé des fumées des trains et des bateaux qui barbouillent les ponts de savon à barbe et font penser à la géographie. Bâle, Zurich, Bucarest, Coire, Nancy, Nuremberg, Mézières-Charleville, Reims et Prague, tous ces jouets de la mémoire me viennent de la gare de l’Est… »
Léon-Paul Fargue, Le piéton de Paris (Gallimard 1932, 1939, Folio N°1376, pages 25-26, 1982).
Il s’est rendu sur place hier, à Calais, mais est resté prudemment dans sa voiture en longeant « la jungle » où s’entassent les « migrants » qui cherchent désespérément à rejoindre l’Angleterre : la patrie des droits de l’Homme, c’est désormais une autre paire de Manche.
Hier soir, sur France 2, on en voyait quelques-uns courir derrière un camion (désolé !) zigzaguant, et grimper à l’arrière, l’un deux ratait l’embarquement à la volée.
Dans le rôle de Tarzan, Eric Besson, le rallié post scriptum, nouveau boutefeu de l’immigration et de la reluisante « identité nationale », a pu ainsi déclarer que « la loi de la jungle » ne règnera plus : beau programme pour un membre du gouvernement mis en place par Nicolas Sarkozy, chantre décomplexé de la fameuse « rupture » et du libéralisme à tous crins – jusqu’à ce que « la crise » ne rabatte singulièrement ses ambitions.
Chacun est une île : l’aspiration au grand large est plus forte que les restrictions de plus en plus nombreuses aux libertés citoyennes. La vague ne s’arrête pas avec une digue de sable.
Elle a son charme et possède son fameux Bondy Blog. Celui-ci a démarré et s’est fait ensuite connaître à l’occasion des « émeutes » des banlieues pour lesquelles fut décrété l’état d’urgence, le 8 novembre 2005.
Les Algériens qui habitent notamment du côté de Barbès, comme le montrent les reportages de ce blog d’information pas comme les autres, vont, eux aussi, voter aux élections présidentielles du 9 avril prochain : ici, chez nous, il ne reste plus que trois ans à attendre.
Hier, Radio France était en grève : aujourd’hui, sur l’affaire Philippe Val qui aurait été pressenti par l’Elysée à la tête de France Inter, un hebdomadaire d’opposition (révélation du nouvelobs.com du 7.4.09 à 18h.52) a historiquement Siné son coup de maître.
Liberté d’expression ? Un test qu’il importe de toujours renouveler.
Voilà donc juste quelques vues rapides, prises le 2 avril dernier, du centre-ville de Bondy : paysage, aperçu de surface, quelques cris de corbeaux.
Annoncée puis démentie à la dernière seconde, la récompense des César pour la toute récente création des Productions de l’Escargot, intitulée Au loin, le ruban, n’a donc pas été décernée à une œuvre qui, pourtant, l’aurait méritée à bien des égards.
Son réalisateur, D.H., joint par téléphone ce matin, nous a déclaré :
« C’est un film dans lequel je montre (et non pas « j’ai voulu montrer ») une autoroute avec sa noria de camions et semi-remorques, dont on voit l’origine immatriculée mais dont on ignore la destination immaculée. Ce sont des noms révélés, mais des conducteurs et des cargaisons inconnues : le tapis gris de l’asphalte se déroule sous leurs pieds, leurs roues, ils demeurent anonymes et circulent sans fin, dans l’indifférence du ciel encombré lui aussi. »
Comme annoncé récemment, un nouveau film des Productions de l’Escargot est diffusé ce matin par Le Chasse-clou, il a pour titre Indifférent train.
Ce vidéo-clip a été réalisé le 23 janvier dernier, mais son montage n’a pu être terminé que seulement hier soir, en catastrophe ; la durée est de 1 minute et 10 secondes, permettant ainsi plusieurs visionnages pour le prix d’un seul.
C’est ici l’occasion de rappeler que la grande exposition De Chirico ouvre ses portes dans deux jours, vendredi 13, au Musée d’art moderne (MAM) de la Ville de Paris. Ne pas oublier de prendre un billet !