France Inter devait boucler sa grille

Quand le président de la République, après avoir réuni une « cellule de crise » hier après-midi, annonce la tenue d’« Etats généraux du football », est-ce risible, est-ce comique ? Non, c’est un juste hommage à l’Histoire de France et il est grandement respectable. Il eût été fort gênant et, pour tout dire, inconvenant et « inacceptable », qu’un humoriste quelconque s’en gaussât sur une radio publique.

Quand une ministre des Sports déclame, devant les élus de l’Assemblée nationale, le 23 juin : « Jamais le gouvernement n’aurait dû avoir à s’occuper de la Coupe du monde de football, ça c’est la responsabilité de la Fédération française de football. Je ne peux que constater comme vous le désastre  d’une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé et sans autorité, une Fédération française de football aux abois… Voyez-vous, ce que je ne pardonne pas, c’est qu’on ait brisé les rêves de millions d’enfants… », cela devrait-il faire l’objet de ricanements imbéciles sur une antenne nationale ?

Quand un ministre actuel (donneur de leçons sur le travail et les retraites), à une époque en charge du Budget et dont l’épouse était embauchée auprès de l’héritière de L’Oréal pour gérer les « dividendes » d’une situation financière quelque peu sujette à caution, avait remis, en janvier 2008, la Légion d’honneur à l’employeur  de sa femme – qui a démissionné de ses fonctions alors qu’elle est blanche comme neige… – est-on autorisé à sourire de la situation sur les ondes de France Inter ?

Quand le président de la République annule la prochaine garden-party du 14-Juillet, sous prétexte d’économies (exactement 732 826 euros de dépenses pour 7 500 invités l’année dernière), ne peut-on applaudir, au lieu – si c’était le cas – de trouver la situation assez amusante et d’en lire et interpréter éventuellement une chronique sur une radio publique de grande écoute ?

garden-party-13h22-lemondefr-du-23610.1277356094.jpg(Capture d’un e-mail du monde.fr, le 23 juin à 13h. 22. Cliquer pour agrandir.)

Quand un secrétaire d’Etat montre son addiction pour le Grand Paris et les gros cigares quitte à mélanger l’un avec les autres (au détriment de sa santé et des recommandations sanitaires de Madame Bachelot-Narquin) et à se faire payer ses 12 000 euros de « barreaux de chaise », peut-on en rire impunément  dans une émission de grande écoute ?

Quand un autre secrétaire d’Etat, dont l’appétit pour les menus plaisirs dûs à sa fonction est vif (maire de Vesoul mais présent parfois à l’Elysée), se fait construire une villa dans le Var sans respecter le permis  de construire et doit finalement faire machine arrière à cause des révélations du Canard enchaîné, est-ce un sujet intéressant pour tel ou tel humoriste embauché depuis deux ou dix années dans une société de Radio France ?

Quand les chroniqueurs Stephane Guillon et Didier Porte sont éjectés de France Inter par Jean-Luc Hees et Philippe Val, est-ce une information qui mérite un commentaire étonné, ironique, amer, humoristique sur la même radio où ils ont sévi jusqu’alors en toute vulgarité, salacité et impunité ?

La réponse est non.

« Le peuple le plus spirituel de la terre » (celui des Rabelais, Voltaire, Beaumarchais, Hugo, Bigard, Christian Clavier…) doit savoir – quand la crise est là et que le sport est « la réponse » présidentielle à celle-ci – sacrifier la gaudriole, museler l’amusette, tordre le cou à l’insolence, étouffer l’invective, ranger les piques à rire dans le placard à balais puisque la patrie est en danger !

France Inter devait boucler sa grille. Seule une colombe pourrait s’enfuir à travers les barreaux, mais nous ne sommes plus en période de paix.

A vos rangs, fixe !

rue-lafayette_dh.1277356869.jpg (Photo : Paris, rue Lafayette, 10e, hier. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Coup de sifflet final, période Bleus

Catastrophe, cataclysme, catalepsie, camisole, cacophonie, kamikazes, désastre, démolition, champ de mines, champ de ruines, paysage lunaire, étendue désertique, vitrification générale, bombe atomique, saccages (sur le terrain), tsunami, ouragan, cyclone dévastateur, tempête monstrueuse, troisième guerre mondiale, De Gaulle, au secours !

Allez, on n’en parle plus : la Coupe est pleine ! Exit, hier après-midi, l’équipe de France de foot : il y aurait maintenant, dit-on, des règlements de comptes dans l’air.

Mais Roselyne Bachelot l’a emporté : elle a pris sa revanche sur la grippe A H1N1, c’est une femme de tête, elle a même fait pleurer les Bleus et va maintenant trouver le vaccin ad hoc. Sa conférence de presse du 21 juin à Bloemfontein (Afrique du Sud) restera un grand moment médiatique, dommage que l’on n’en trouve pas la vidéo intégrale.

Lundi dernier, en France, c’était aussi la fête de la musique. Changement de clavier, fenêtres ouvertes, soir d’été, chez une amie les touches du piano à queue sont à la parade, du noir et blanc, adieu pelouse verte, maillots et hymnes nationaux, écrans de télé déversoirs de pub.

La musique est un bain de vie, elle s’invite aussi à l’improviste.

nocturne-dh.1277269476.jpg (Photo : Paris le 21 juin. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Short story

Déconfiture, mélasse, marmelade… la « performance » de l’équipe de France de foot est un « désastre moral », selon Roselyne Bachelot, qui rappelle quasiment, d’un point de vue historique, la défaite de 1940. Il manquait juste l’appel de Nicolas Sarkozy depuis Londres : mais Henri Guaino n’était pas libre pour le rédiger.

La pantalonnade – en short – aboutit donc, en Afrique du Sud, à cette cacophonie dite « surréaliste » (un mot galvaudé sans honte) où les vuvuzelas, déjà plus ou moins bâillonnées, font soudain pâle figure. Des têtes, au lieu de continuer à taper dans la baballe, vont tomber !

Roselyne Bachelot, histoire de se refaire une virginité, sur le plan politique, prend les choses en main. L’indispensable « cabinet externe » (Christine Boutin, débordée, a refusé la mission) est déjà désigné pour étudier la situation et proposer les solutions. La « charte déontologique » le foot n’avait pas de règles jusqu’alors, sauf celles de l’esprit sportif s’imposera aux joueurs : Le Chasse-clou propose que l’on se limite à onze articles, c’est plus facile à retenir.

Nicolas Sarkozy devrait remplacer Raymond Domenech ou Nicolas Anelka, une fois qu’ils auront été fusillés dans les fossés de Vincennes : il possède quelques shorts Nike® dans sa garde-robe élyséenne, il se fera juste offrir une paire de chaussures avec crampons, ça évite les dérapages.

Hier matin, l’inévitable Alain Finkielkraut, philosophe au ras de la pelouse, est venu déverser sur France Inter son analyse sentencieuse : « l’esprit des cités » a remplacé « l’esprit de la cité ». Suivez son regard.

« France, ô ma France très beeeeeeeeeeeeeeeelle » : chant de marche militaire à imposer dare-dare dans les écoles, les lycées et les facs. Il faut « que la France du football soit de nouveau pleine d’espérance » a proclamé le président de la République.

Cet après-midi, tout le monde au poste !

vis-dh.1277187185.jpg (Photo : Paris, rue de la Folie-Méricourt, 11e. Cliquer pour passer.)

Dominique Hasselmann

Foucault à la rue mais en musique

Une musique de piano flottait dans l’air : à l’instar de ceux de quelques écrivains célèbres (Proust, Kafka…) qui se mélangent avec des chanteurs de passage (Gainsbourg…), le portrait de Foucault se balade dans Paris. D’abord, je n’étais pas totalement sûr que ce soit lui, mais l’environnement carcéral soigneusement choisi pour son flocage a balayé mon hésitation.

Il n’y a pas de nom sous la figure murale, sauf la mention clownesque de l’auteur de l’image. L’intellectuel nous regarde (un livre assassin de Jean-Marc Mandosio vient de paraître sur lui, voir article d’Aude Lancelin dans Le Nouvel Observateur du 17 au 23 juin), comme s’il était là vraiment à sa place, livré au vent, à la pluie, au soleil, ou à la délinquance dont il connaissait l’utilité pour le maintien de l’ordre.

« Un assujettissement réel naît mécaniquement d’une relation fictive. De sorte qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à des moyens de force pour contraindre le condamné à la bonne conduite, le fou au calme, l’ouvrier au travail, l’écolier à l’application, le malade à l’observation des ordonnances. Bentham s’émerveillait que les institutions panoptiques puissent être si légères : plus de grilles, plus de chaînes, plus de serrures pesantes ; il suffisait que les séparations soient nettes et les ouvertures bien disposées. A la lourdeur des vieilles « maisons de sûreté », avec leur architecture de forteresse, on peut substituer la géométrie simple et économique d’une « maison de certitude ». L’efficace du pouvoir, sa force contraignante sont, en quelque sorte, passées de l’autre côté – du côté de sa surface d’application. »

Michel Foucault, Surveiller et punir, Naissance de la prison (Gallimard, 1975, édition Tel 2007, page 236).

C’est vrai, Keith Jarrett, dont le dernier album Jasmine (où il joue avec Charlie Haden) est apparu le mois dernier, sera présent sur scène au festival d’Antibes-Juan-les-Pins le 21 juillet.

Mais déjà ici, comme au travers des barreaux, les notes s’échappent, impossible de les retenir. Avec elles, l’imagination s’envole facilement hors les murs.

foucault_dh.1277099902.jpg (Photo : Paris, rue Dieu, 10e, le 2 juin. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Nicolas Sarkozy vs Nicolas Anelka

Le plus surprenant, dans cette histoire d’insultes qui auraient été proférées par Nicolas Anelka, joueur de foot, à l’encontre de Raymond Domenech, l’entraîneur de l’équipe de France écrasée récemment par l’armée mexicaine en Afrique du Sud, c’est l’intervention, hier, du président de la République.

traitre_dh.1277011964.jpg(Capture d’écran du monde.fr du 19.06.10. Le tag a été rajouté.)

D’un Nicolas l’autre !

On pensait naïvement que le voyage en Russie de celui-ci, à l’occasion du Forum économique de Saint-Petersbourg, obéissait à des objectifs commerciaux vitaux, et manifestait comme ambition le resserrement des relations entre Paris et Moscou.

Niet !

Ce que l’on en retiendra, c’est la tirade, sourire aux lèvres, sortie par le plus haut personnage de l’Etat et jugeant des « événements » sportifs « rapportés par la presse » devant son homologue Dmitri Medvedev, comme si le sort de la planète en dépendait.

Le même homme politique qui acquit une certaine célébrité, sur le plan de l’éloquence et du maniement châtié de la langue nationale, à La Courneuve (« On va nettoyer tout ça au Kärcher ! »), lors d’une visite au Salon de l’agriculture à Paris (« Casse-toi, pauv’ con ! ») ou devant un pêcheur breton du Guilvinec (« Descends voir si t’es un homme ! »), s’est permis de donner des leçons de maintien et de bon usage du français à un footballeur – qui dément d’ailleurs avoir tenu les propos qu’un quotidien spécialisé lui impute.

Ainsi, rien n’échappe à Nicolas (Sarkozy), qui tranche de tout : des affaires du monde, des affaires de presse, des affaires de sport. C’est un président universel, omniscient, omniprésent, ovni même.

Hier, un rival d’envergure s’est découvert par rapport à l’échéance de 2012 : mais Dominique de Villepin n’aura pas bénéficié du même flot médiatique auquel Nicolas Sarkozy a donné son onction présidentielle depuis les bords de la Neva.

Gouverner, c’est marquer ; symboles du pouvoir : le but et la cage. Méfiez-vous, fillettes !

deviations_dh.1277012097.jpg(Photo : Paris, rue du Marché Popincourt, 11e. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Trace persistante

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Dessinée

entre deux rives

elle évidemment erre

saules pleureurs

aujourd’hui

le flux fluctue

comme les marchés

zig-zag boursier

c’est une route d’eau

un filet de Bièvre enfouie

profondeur inconnue

attrait du noir et du silence

incongrue

comme une trace persistante

d’avant le cataclysme

lente odorante

rivière d’un seul sens

coulée renversée de nuages

sur fond bleu miroir

barbelés qui hérissent

ou bien zèbrent les genoux

son passage déroule

l’inéluctable

l’arrêt impossible

et le porche

écluse urbaine

serait en réalité par la preuve

juste une invitation soyeuse vers d’autres mystères

panoramiques

 

magenta2_bd.1276924369.jpg (Photos : Paris, boulevard de Magenta, 10e. Cliquer pour agrandir.)

Benoît Dehort

Eric Woerth contraint d’aller au charbon

Alors même que la France est victime d’une catastrophe nationale – il s’agit de la défaite en foot, hier soir, de l’équipe des « Bleus » devant celle du Mexique par deux buts à zéro, en Afrique du Sud – on apprend que le ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique doit battre en retraite.

Tout cela à cause d’une sombre histoire d’enregistrements clandestins chez Liliane Bettencourt, héritière de l’empire L’Oréal, qui montrerait certains « liens troubles » entre lui-même, sa femme Florence, l’Elysée et cette personne qui développe un penchant particulier pour la photographie.

Faut-il donc que la « grande » presse soit tombée bien bas (en reprenant les infos de Mediapart, journal électronique dirigé par le fouineur Edwy Plenel, et du Point) pour aller publier des échanges de propos anodins, captés par un maître d’hôtel qui ressemblerait plutôt à un maître-chanteur ?

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(Capture d’écran du monde.fr, mis à jour hier à 21h.42. Le tag a été rajouté.)

Ne désire-t-on pas, en réalité, dans quelque obscure officine politique, agiter un pseudo-scandale afin de mettre des bâtons dans les roues de l’immense avancée sociale qui a été présentée mercredi dernier à la presse et aux Français concernant les retraites et leur nécessaire réforme ?

La ficelle est un peu grosse et tout ceci ne sent pas la rose.

A l’époque où il était ministre du Budget, et sa femme employée pour gérer la fortune de la riche et célèbre capitaine d’industrie qui fait rayonner le nom de la France jusqu’à l’étranger, Eric Woerth devait apprécier les huissiers.

Il est donc temps que le ministre actuel, maire de Chantilly (Oise) à ses moments de loisir, frappe enfin plusieurs coups à la porte de la vérité pour tordre le cou à l’air de la calomnie qui succède, par pur hasard, à celui des vuvuzelas.

heurtoir_dh.1276840115.jpg (Photo : Paris, rue de la Folie-Méricourt, 11e. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

La retraite, il y a belle lurette

En fait, la sacro-sainte retraite à 60 ans (âge légal du départ) fait désormais partie des boutiques d’antiquités-brocante. Une vieille lune mise au rencart, elle avait sans doute trop servi : démonétisée, vilipendée, elle faisait tache dans le ciel social par rapport aux systèmes rutilants de « nos voisins étrangers ».

Hier, le ministre du Travail et de la Solidarité (sic), aux ordres de la classe possédante, a étalé laborieusement devant la presse la vingtaine de mesures contenues dans le projet de loi qui sera soumis à la rentrée de septembre, une fois présenté en Conseil des ministres le 13 juillet (c’est la fête déjà la veille !), au vote du Parlement.

Un suspense digne d’Alfred Hitchcock !

Les syndicats – le couple Bernard Thibault et François Chérèque était hier soir symboliquement réuni sur le plateau du 20 heures de France 2 – la gauche  et ses compagnons de route n’entendent pourtant pas se laisser faire (manif, pour commencer, le 24 juin prochain) sans broncher.

Alors, on repense tout à coup, sans remonter jusqu’à l’ami Paul Lafargue, à ce livre paru en 1977, et au titre provocateur : Travailler deux heures par jour, d’Adret (Le Seuil) .

L’utopie volait haut, à l’époque : « la crise », que l’on devrait résoudre pourtant par le sport utilisé comme anxyolitique, n’était pas encore devenue l’alibi incontournable des réformes les plus réactionnaires, les plus rétrogrades (les mères de trois enfants pourront lire qu’il existait un dispositif leur permettant de quitter de manière anticipée le travail après quinze ans d’activité : on se frotte les yeux !), et les plus injustes.

Car, comme l’a exprimé sentencieusement le président de la République, le 15 juin : « Si on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps. »

C’est mécanique, c’est logique, c’est obligatoire et tous les pays le font : imparable.

Mais la France, qui a enfanté 1789 et plus tard quelques « acquis sociaux » ? Une absurdité, une exception qu’il convient de supprimer rapidement pour rentrer dans le rang européen et se mettre aux normes du modèle économique dominant et de son « talon de fer » financier. Les agences de notation guettent.

Ainsi, les êtres humains deviennent-ils progressivement, si l’on ose dire, une simple variable ajustable et jetable d’un système politique à dimension proprement carcérale.

belle-lurette_dh.1276753238.jpg (Photo : Paris, rue du Marché Popincourt, XIe, le 15 juin. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Non, l’Elysée n’est pas une agence de casting !

Nicolas Sarkozy (ne pas confondre avec Sikorsky) doit visiter l’usine de turbines d’hélicoptères Turbomeca, le 22 juin à Bordes (Pyrénées atlantiques), et voilà que la fable refait à nouveau surface : des émissaires présidentiels auraient procédé à un « casting  » parmi le personnel afin que personne ne dépasse de la tête le président de la République.

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(Metro du 15.06.10. Le tag a été rajouté.)

Comment peut-on imaginer un scénario aussi débile ? Nicolas Sarkozy est à l’aise dans ses pompes et n’a nul besoin que l’on limite autour de lui l’apparence de son entourage habituel ou occasionnel : sinon, les ministres seraient déjà tous passés sous la toise depuis un bout de temps (pour la dimension financière, c’est en train d’arriver).

Que l’on sache, Dominique Besnehard ne dispose pas encore d’un bureau rue du Faubourg Saint-Honoré : pour recruter Carla Bruni c’est un publicitaire d’une autre envergure, buriné sous le soleil des shootings paradisiaques, qui s’en est chargé.

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(La République des Pyrénées du 16.06.10. Cliquer pour accommoder.)

Alors, laissons tranquille le plus haut personnage de l’Etat avec ces petites rumeurs – heureusement démenties par la direction de Turbomeca et le préfet –  car la situation est suffisamment grave en France, en Europe et dans le monde, pour que l’on ne perde pas de temps avec le remake d’un mauvais film dont on devine facilement qui tire les ficelles et dans quelle perspective politicienne.

Dominique Hasselmann

Illusion en plongée

« Sur la chaussée parallèle, en direction de Karlsruhe, de Bade et de Stuttgart, la circulation était plus abondante (apparemment, mais il pouvait s’agir d’une illusion produite par la vitesse de la moto) que sur celle où se trouvait lancée Rébecca et où des voitures en quantité médiocre roulaient à des allures peu différentes les unes des autres, en tenant strictement leur droite. Le côté gauche était libre à perte de vue, dépasser n’était pas difficile, et la jeune femme allait si vite par comparaison avec les autres conducteurs que les véhicules de ceux-là devinrent bientôt pour elle comme une partie du décor, ni plus ni moins que s’ils avaient été stationnés devant les sapins et les bouleaux qui dans les endroits boisés bordaient l’autoroute. Elle ne tarda pas à s’habituer à l’inquiétant rapprochement de ses limites latérales, étrange rétrécissement de l’espace que connaissent tous les amateurs de grande vitesse et qui leur procure un plaisir aussi vif, ou tout au moins une aussi vive impression de puissance, qu’aux drogués, à l’inverse, l’élargissement de celui-là sous l’action du haschich ou de la cocaïne. Le monde n’eut plus qu’une dimension ; il fut réduit à une ligne qu’elle attirait vertigineusement et dont elle projetait derrière soi la substance en tenant à bout de course la poignée d’admission. Ce fut sans aucun effort qu’elle suivit cette ligne, qui cessait parfois d’être droite mais dont le rayon de courbure n’était jamais tel qu’il imposât un ralentissement. »

André Pieyre de Mandiargues, La Motocyclette, Gallimard, 1963 (édition de juin 1968, page 63).

parmentier_dh.1276579889.jpg (Photo : Paris, avenue Parmentier, XIe. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann