Trocadéro et alentour

Plutôt que de jouer au Paysan de Paris, dimanche dernier, sur les Champs-Elysées, j’ai fait un saut jusqu’au Trocadéro. Le palais de Chaillot demeure imposant et les jets d’eau, par temps de soleil, lui dédicacent un scintillement joyeux.

J’ai regardé plus tard la définition que donne Emile Littré dans son Dictionnaire de la langue française (cinq énormes volumes + un supplément, Librairie Hachette et Cie, 1882, typographie A. Lahure, Paris) des mots touriste (tome V, page 2275) et tourisme (Supplément, page 332) : c’est toujours amusant.

Au lieu de les recopier, j’ai tout simplement photographié ces lignes.

touriste_dh.1274765034.jpg tourisme_dh.1274765243.jpg

littre_dh.1274765300.jpg(Dictionnaire hérité de mon grand-père paternel.)

J’avais donc pris quelques plans pour une petite vidéo que j’avais annoncée hier, et dont le titre, inscrit carrément dans le texte, pouvait mettre sur la piste (il suffisait de taper sur Google), certains curieux ou lecteurs l’ont donc déjà vue avant sa publication officielle ce matin.

La voici donc pour les autres !

Dominique Hasselmann

Après Cannes, le cinéma continue

Jean-Luc Godard, qui pose pourtant un certain regard sur l’existence et les choses, n’a pas été récompensé, Abbas Kiarostami non plus (sauf par Juliette Binoche interposée). Ainsi, le cinéaste iranien a été fait « chocolat » par Tim Burton.

Mais leurs films se passent aisément des palmiers, palmes et tubas du dernier festival de Cannes.

Dès demain, Le Chasse-clou diffusera un court métrage réalisé dimanche à Paris – au Trocadéro et alentour – qui n’a donc pu être envoyé à temps à Thierry Frémaux pour concourir sur la Croisette.

Les Productions de l’Escargot nous assurent que le montage sera effectué aujourd’hui en quatrième vitesse.

cavaliers-dh.1274676564.jpg(Image extraite du film qui sera diffusé demain. Ne pas cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Ali et les « hors-la-loi »

       Allô, Ali ?

       Oui, c’est moi.

       Tu es où, là ?

       Je suis à Stalingrad, Kateb, et je vais au cinéma !

       Tu es parti en Russie ?

       Mais non, place de la bataille de Stalingrad… dans le dix-neuvième !

       Tiens, j’ai pensé à toi.

       Ah bon, pourquoi ?

           Tu as suivi toute la polémique à cause du film Hors-la-loi projeté à Cannes ?

       Oui, décidément, certains Français n’ont toujours rien compris !

       Dire que le député-maire de Cannes, Bernard Brochand (UMP) était à la tête de la manifestation, avec le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca (UMP)…

      Ils n’avaient même pas vu le film, vendredi matin, qu’ils se répandaient déjà dans les rues pour protester !

       D’après la police, ils étaient au nombre de 1200…

       Oui, mais c’est une sorte de censure qu’ils réclamaient. J’ai entendu un de ces zozos déclarer à France Inter : « Non, je ne l’ai pas vu, mais ce film est scandaleux, il est à sens unique, pro-FLN et anti-français ! »

           Le réalisateur, Rachid Bouchareb, fait peut-être un peu de provocation ?

       Ecoute, Kateb, le 8 mai 1945, à Sétif, l’armée française a bombardé la population et il y a eu des milliers de morts : on ne peut pas effacer l’Histoire comme ça !

       Oui, mais faut-il toujours revenir sur le passé ?

       Tu sais, j’ai vécu la guerre d’Algérie, j’avais 20 ans dans les Aurès, j’étais dans les rangs des partisans de l’indépendance (les manifestants cannois criaient « FLN assassin ! » comme s’il existait encore), et crois-moi, ce n’était pas de l’amusette, si c’est de l’anisette maintenant pour certains !

       Au fait, tu vas voir quoi, comme film, Ali ?

       Le titre, c’est Copie conforme, avec Juliette Binoche…

       Connais pas, c’est de qui ?

       Abbas Kiarostami, un Iranien, encore un étranger ! 

a-stalingrad_dh.1274594125.jpg (Photo: Paris, place de la bataille de Stalingrad, 19e, vendredi. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Quai de Loire, enchantement et mystère

Sorti mercredi dernier, Film Socialisme, de Jean-Luc Godard (JLG), est distribué ou diffusé dans trois salles à Paris : Le Cinéma du Panthéon (5e), Le Cinéma des Cinéastes (17e), MK2 Quai de Loire (19e)…

On ignore combien de semaines il restera à l’affiche.

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mk23_dh.1274508609.jpg (Photos : cliquer pour agrandir.)

Mais JLG est-il un artiste de la taille des réalisateurs A. Poul (Le Plan B : 12 salles) ou M. Giwa, D. Pasquini et N. Burley (StreetDance 3D, 13 salles) ? Non, le succès se mérite et « le bouche à oreille » fonctionne.

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mk26_dh.1274508853.jpg (Photos : cliquer pour agrandir.)

Au MK2 Quai de Loire, hier après-midi, j’ai compté environ 25 personnes pour Film Socialisme, dont une qui est partie au milieu de la séance – nettement moins que durant la projection au Festival de Cannes.

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mk28_dh.1274509041.jpg (Photos : cliquer pour agrandir.)

Mais JLG est un philosophe, un musicien de l’image, un plasticien du son, un géomètre du cadre, un dessinateur qui pourrait rester à quai devant une salle aux trois-quarts vide parce qu’il y a des bateaux (là aussi) dehors, des mouettes, des lycéennes et lycéens avec leurs carnets de croquis, un cinéma-miroir sur l’autre rive et que la vie c’est finalement comme un film : court ou long métrage, début et fin, enchantement et mystère.

mk29_dh.1274509174.jpg(Photo : claper pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

L’emprunt des sens interdits

J’ai parcouru l’article publié sur le site du monde.fr le 17 mai : il y avait belle lurette que les cyclistes empruntaient les sens interdits, dans les rues ou sur les ponts, il suffisait de les croiser, à droite si l’on était à pied sur le trottoir ou à gauche si l’on passait en voiture.

panneau1_dh.1274414332.jpg (Photo : Paris, Boulevard Magenta, 10e, le 19 mai. Cliquer pour agrandir.)

Maintenant, ce sera autorisé officiellement à compter du 1er juillet, dans les zones marquées 30 km/h (les vélos dépassent rarement le 50 km/h dans Paris).

Mercredi dernier, j’ai découvert tout à coup le nouveau panneau, qui n’était pas encore totalement libéré car dans l’attente que le feu vert soit donné le jour J.

Il est toujours piquant d’observer la marche de la ville.

panneau2_dh.1274414532.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Burqasqueintrégral®

Pour éviter les problèmes éventuels liés à l’application de la future loi capitale (de la douleur) sur le voile intégral (burqa, niqab, etc.), et dont le projet en sept articles a été présenté mercredi dernier en Conseil des ministres par la ministre Michèle Alliot-Marie, Le Chasse-clou propose ci-dessous une solution pratique et pragmatique pour les quelques utilisatrices forcenées de cette tenue.

Le système Burqasqueintégral® a reçu l’approbation, pour l’heure, des sociétés AGV, Arai, Bieffe, Craft, Dexter, GPA, Nau, Nolan, Nox, Shoei, Tuyaucom.

motoculte_dh.1274334657.jpg (Dessin : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Patrick Devedjian repris de justesse

Faire un saut à Antony (92), c’est accoler ce nom à Patrick Devedjian, qui fut maire de la ville du 14 mars 1983 au 22 mai 2002, soit une fidélité municipale inébranlable durant dix-neuf ans.

antony1_dh.1274245262.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Depuis, l’homme politique a fait son chemin puisqu’il est président du Conseil général des Hauts-de-Seine (il a succédé le 5 juin 2007 à Nicolas Sarkozy appelé à d’autres fonctions) et a été nommé, le 5 décembre 2008, ministre chargé auprès du Premier ministre de la mise en place du plan de relance (budget : 26 milliards d’euros), un objectif tout à fait d’actualité.

Mais lorsque l’on parcourt les rues et certains quartiers d’Antony, on pense maintenant à la dernière mésaventure qui est arrivée à Patrick Devedjian : il avait porté plainte en diffamation, au mois de décembre 2009, contre trois journaux (Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin) qui avaient rappelé, à la suite d’une info naviguant sur Internet, un épisode judiciaire de sa turbulente jeunesse.

Il leur réclamait, entre autres, la modique somme de 50 000 euros à titre de dommages et intérêts.

antony2_dh.1274245430.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Alors étudiants à la « faculté de droite » (sic) d’Assas, rapporte Le Monde du 14 mai 2010, les dénommés Devedjian Patrick et Madelin Alain sont surpris en flagrant délit, en août 1965, à la Croix-Valmer (et non la Croix-celtique), dans le Var, pour un vol d’essence dans une voiture : ils doivent, de plus, abandonner sur place une Simca 1000 qu’ils ont dérobée.

Tandis que Devedjian Patrick réussit à prendre la fuite, son complice Madelin Alain « parvenait à être appréhendé » (sic), indique le journal local. Devedjian Patrick se rendra le lendemain.

Sur son bateau, la police découvre un pistolet 6,35 mm avec cinq cartouches, des pièces détachées de voitures et des documents d’identité ne lui appartenant pas…

Les deux étudiants, membres du groupuscule d’extrême droite Occident, où se retrouvaient les adeptes du maniement de la barre de fer en tant qu’argument idéologique, sont condamnés à un an de prison avec sursis par le tribunal de Draguignan, motif : vol de voiture et d’essence.

Or, le 12 mai, le ministre Devedjian a été débouté des trois recours qu’il avait engagés, et condamné à payer les frais de justice aux trois journaux (soit 1000 euros à chacun d’eux) qu’il poursuivait pour avoir révélé ces faits peu glorieux.

De quoi s’exiler vite fait à l’étranger !

antony3_dh.1274245759.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

La 17e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris a explicité ainsi son jugement : « Le grand nombre d’articles mis en ligne (…) évoquant des faits commis par un homme politique ayant des responsabilités politiques importantes et exerçant notamment des fonctions ministérielles, justifiait que le public soit informé du fait d’actualité que constituait ce « buz médiatique ».

Il est amusant de savoir que Patrick Devedjian a publié un livre, qui a sans doute fait un tabac, intitulé Le temps des juges (Flammarion, 1996).

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(Patrick Devedjian, ministre. Photo AFP. Le tag a été rajouté.)

Mais l’homme politique n’a pas dit pour autant son dernier mot. A Antony, quelques banderoles fleurissent proclamant le « patrimoine menacé ».

antony4_dh.1274246168.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Non, il ne s’agit pas de la démolition d’un monument historique, simplement du démantèlement (lancé par Xavier Darcos, poursuivi par Luc Chatel et Valérie Pécresse) des IUFM, Instituts universitaires de formation des maîtres.

antony5_dh.1274246243.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

La pédagogie (comme l’Histoire) est une longue patience : Patrick Devedjian, repris de justesse, en sait désormais quelque chose.

antony6_dh.1274246341.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.

Dominique Hasselmann

Godard de le dire

Hier matin, dans un café d’Antony (92), j’ai lu cet article de Libération et j’ai eu soudain l’impression de voir un des meilleurs plans des films projetés en ce moment au festival de Cannes.

Le soir même, j’ai découpé le carré de papier, je l’ai scanné, plié en deux, puis je l’ai glissé dans mon Jean-Luc Godard par Jean Collet pour qu’il jaunisse en paix.

godard-libe17510_dh.1274153009.jpg(Scan : cliquer pour agrandir.)

Certes, parler de « gros morceau » n’est pas très élégant mais reconnaissons aux journalistes de « Libé » leur flair pour avoir dégoté la « lettre » du cinéaste absent : son Film Socialisme (quand le PS se demande, de manière minable, s’il doit changer de nom !) était présent lundi « sur la Croisette »  et c’est l’essentiel.

Les « problèmes de type grec » de Godard, on les comprend, ses photomontages aussi – il manque seulement la musique – et sa « patte » (une caméra) est là : il a donc envoyé à Thierry Frémaux  un court-métrage en plus.

Question de style : Godard de le dire.

Dominique Hasselmann

Rue Alibert, médecine urbaine

Dans la rue Alibert (278 x 15 m, d’après Thomas Clerc), je compte trois magasins en train d’être ravalés (par qui ?), rénovés, transformés, dont le fameux marchand de journaux qui, un jour laid, a mis la clé sous la porte – comme celui du bas de la rue du Faubourg-du-Temple l’a fait il y a quelques mois pour céder finalement la place à une boutique de vêtements.

Les façades opaques laissent deviner que l’on s’affaire à l’intérieur (mais hier, c’était dimanche), et que l’on va bientôt installer les portiques destinés aux petits tailleurs, jupes et caracos qui feront de cette voie un espace plus présentable, plus fréquentable.

Ici, certains immeubles gardent encore la patine du passé.

alibert1_dh.1274072635.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

A cause de la proximité de l’hôpital Saint-Louis, le médecin Alibert eut le privilège de voir (si l’on peut dire) son nom dédié à une rue, comme Bichat ou Richerand. Médecine urbaine : mais les horaires des consultations ne sont pas indiqués sur les plaques !

Une petite épicerie arabe (Alibert alimentation ou Alimentation d’Alibert ?) tient encore le coup malgré le Franprix qui se trouve à même pas cinquante mètres. La concurrence est impitoyable.

Le soleil surveille les allées et venues étrangères dans la ville.

alibert2dh.1274072798.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Sensation sublime et fugitive

Je me suis jeté à la page comme à l’eau : je ne savais pas si j’atteindrais la rive opposée. Le flot me semblait une barrière infranchissable tandis que je nageais, c’était comme un mur d’averse que je pénétrais du bout des doigts et chacun d’eux effectuait son travail en coordination avec les autres, les temps modernes me plaquaient les cheveux shampouinés au sel de Guérande.

Jamais je ne pensais aux abysses sous mon corps car ils auraient pu m’attirer vers eux, dans leur monde muet à la couleur vert sombre, avec le cuivre de leurs coquillages, les fleurs vénéneuses chopant le plancton en faction, les nuages de sable ou d’encre camouflant des meurtres désirés, les frôlements ou feulements silencieux des grands squales laiteux, les bancs innombrables de poissons comme des escadrilles d’hirondelles sous-marines.

J’étais comme un esquif esquivant les vagues mais replongeant régulièrement dans leur caresse violente, je surnageais avec résolution, le courant me portait et m’importait vers une destination inconnue, je respirais sans tuba, les yeux mouillés de pleurs maritimes, je ne pouvais m’arrêter pour les essuyer car mon mouchoir était en papier.

Mes pieds battaient le rythme, mon cœur aussi, pompe régulière dispatchant l’eau de mer dans mes veines et artères : j’étais devenu une sorte de poulpe à tête humaine, mes ventouses me permettraient plus tard d’adhérer fortement à mes convictions. Le flux allait et fluctuait ; il me poussait inexorablement vers une plage, un débarcadère, un ponton, un port en eau profonde.

Il n’y avait rien à l’horizon, désespérément vide sans un point où accrocher le regard. L’étendue ne pouvait être mesurée même avec une chaîne d’arpenteur : après tout, je n’étais qu’un apprenti sans expérience et peu raisonnable.

Je serais englouti bientôt dans le ventre fécond, nourricier, baigné par le liquide amniotique retrouvé, paradis musical de l’inconscient, sensation sublime et fugitive, marée haute d’avant la première vision de l’enfance, celle qui me faisait résister encore à la surface des éléments cruels.

ileauxmoines_bd.1273989884.jpg (Photo : Ile-aux-Moines, Morbihan, avril 2009. Cliquer pour agrandir.)

Benoît Dehort