Paint it red !

L’idée semblait folle et tarabiscotée. Comme si elle était venue directement d’un rêve, d’un cauchemar, d’un délire nocturne. Son souvenir précis me hantait, m’obsédait : j’étais tarabusté (je pensais aussitôt à une chanson de Ray Charles).

Pendant la journée, tout ce qui pouvait se rapporter à cette fusée mentale prenait une proportion inquiétante, une étrangeté permanente. Partout, j’apercevais des indices qui m’y renvoyaient. Les traces étaient semées, ici ou là, le rapprochement immédiat.

Ce n’était pas forcément original, d’autres actions du même genre, certaines réussies, avaient sans doute déjà eu lieu. Mais pouvait-on demeurer toujours ainsi sans essayer une fois pour toutes, au lieu d’attendre une lointaine échéance ?

Quotidiennement, les restrictions à la liberté étaient engagées sans que rien ne puisse s’y opposer, à part les protestations habituelles de la gauche. Mais le Parlement votait les yeux fermés, avec sa majorité aux ordres, les lois les plus rétrogrades (fiscalité, sécurité, audiovisuel, port du voile intégral, retraites…). La chambre d’enregistrement du Prince fonctionnait sans heurts définitifs même si parfois apparents.

J’avais acheté l’arme ad hoc et les munitions nécessaires. Je m’étais installé en haut d’un immeuble qui donnait en plein sur le parcours prévu : il aimait, comme le faisaient ses prédécesseurs, aller de temps en temps se frotter au peuple, serrer des mains, se faire immortaliser au milieu des familles avec leurs petits enfants. Les appareils photos numériques cliquaient et cliquetaient par centaines sur son passage. Ses cheveux ondulaient sous les flashs.

La foule bougea soudain derrière les barrières, les gardes du corps, pin’s à la boutonnière et écouteur dans l’oreille, lui faisaient un rempart de leur taille.

Au bout de mon fusil, sa silhouette chétive apparaissait maintenant plein pot ; je ne devais pas manquer la cible, agir tout comme à l’entraînement. J’appuyai sur la détente. Sa tête devint instantanément toute rouge et elle resterait célèbre ainsi.

Paint it red !

Il avait fonctionné à  la perfection, mon Eclipse Etek 3 LT.

Les hommes de la sécurité avaient plaqué leur idole sacrée sur le sol, je descendis quatre à quatre les escaliers car ils avaient forcément repéré d’où venait le tir.

Erreur fatale : j’aurais dû m’enfuir par les toits mais il pleuvait, ce n’était guère prudent. Je fus ceinturé puis tabassé (mais je m’en fichais) dès que j’ouvris la porte en bas. Menottes ultra-serrées dans le dos, le visage en sang, on m’enfourna dans une voiture aux vitres noires.

Le ministre de l’Intérieur réclama, le soir même, le rétablissement de la peine de mort et proposa que la loi fît l’objet d’un référendum.

Pour le moment, je suis enfermé à la prison de la Santé, derrière ses murs aveugles, et j’attends sans illusion que le peuple se prononce. J’ai réclamé un Doliprane 1000 au gardien.

Dans cette cellule minuscule, je pense au suicide tous les soirs en m’enroulant dans les draps encore à l’ancienne mode. Le retour attendu de l’échafaud, ça tombe bien.

monet_dh.1285391115.jpg (Photo : Paris, le 12 septembre. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

La misère aura une couleur unique

Elle est comme vitrifiée, cette vitrine, elle n’a pas d’âge, toute datation semble inutile. Personne ne s’aventure sur le trottoir, Soylent Green se rapproche, on dirait qu’un cataclysme s’est produit. L’intérieur doit être poussiéreux, y-a-t-il encore âme humaine ? Les vêtements de taille réduite pendent avec indifférence, le molosse monte la garde ; ses crocs en caoutchouc laissent perler un filet de bave.

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Plus loin, les fûts métalliques du marché s’entrechoquent. Les forts-à-bras démontent les assemblages qui ressemblent à des mikados noirs, des fruits et légumes traînent ici ou là. Quelqu’un rampe par terre pour attraper une pêche talée. Les cageots sont remballés, gaufrettes qui casseraient sous la dent d’un cannibale. Ils permettent de calibrer ou de viser le consommateur, leurs fines lattes cèdent parfois sous le poids des artichauts ou des concombres.

Des hordes d’affamés rôdent : l’avalée des avalés se retourne comme la langue déjà bleuie. On les chasse comme des mouches mais ils reviennent obstinément, ils font semblant de ne rien entendre. Le sol est jonché de détritus, c’est ce qu’ils désirent. Un commerçant pense aux nuisibles qui débarrassent le plancher.

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D’autres gens attendent d’embarquer dans des cars aux destinations qui sonnent étranger.

Eux-mêmes baragouinent des mots inconnus qu’ils pourront enfin faire partager à des milliers de kilomètres. Les paysages défileront comme dans un rêve ou un cauchemar non climatisé (la chaleur va disparaître progressivement au cours du voyage), ils seront transportés ailleurs, brinquebalés, secoués comme des pâtes dans une écumoire.

La police là-bas sera-t-elle plus polie ? Les papiers sont précieusement pliés dans les portefeuilles, les noms et adresses écrits en double, quelle tête fera le grand-père ? Bientôt, dans deux ou trois mois, la neige arrivera et tout sera transformé : alors la misère aura une couleur unique, démocratique.

volt3_bd.1285218884.jpg(Photos : Paris, boulevard Voltaire, 11e, le 21 septembre. Cliquer pour partir.)

Benoît Dehort

Eric Woerth et l’art du maquillage

Une des sociétés « les plus éthiques du monde », fidèle à sa réputation, vient de se séparer d’un photographe célèbre : L’Oréal cesse de verser un salaire annuel de 405 000 euros à François-Marie Banier pour sa mission de « conseil artistique », dévolue en 2001, qui devait prendre fin en 2011, et qui s’ajoutait à un contrat de « parrainage » de 305 000 euros versés pour des travaux à façon.

Ainsi, le photographe qui court les manifestations populaires (7 septembre à Paris contre la réforme des retraites « pilotée » par Eric Woerth, et week-end des 18 et 19 septembre à Nîmes pour la féria) ne pourra-t-il plus percevoir sa modeste rétribution de 710 000  euros par an.

Il était temps que les frasques du preneur d’images à la mobylette ne projettent plus une ombre gênante sur l’empire cosmétique. Une quête nationale pour l’aider à survivre et à subvenir à ses besoins est cependant en cours – ce n’est pas bête – d’organisation.

ew_dh.1285125745.jpg (Capture d’écran du monde.fr du 22.09. Cliquer pour agrandir. Le tag a été rajouté.)

Pendant ce temps-là, Eric Woerth, ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, maintient ferme le cap concernant la mise en place du chambardement des retraites voulu par Nicolas Sarkozy.

Le ministre et maire de Chantilly, grand amateur d’hippodromes, estime même devoir conserver son poste après le prochain remaniement gouvernemental. Eh oui, après tout, quel est le problème ?

En vue de l’échéance présidentielle de 2012, il sera pourtant nécessaire que la droite maquille sérieusement et rende plus avenant, plus pimpant, le visage de la France, creusé de plus en plus de profondes rides.

Décidément, il y aura toujours des râleurs et des jusqu’auxboutistes !

retraite_dh.1285125298.jpg (Photo : Paris, hier, boulevard Beaumarchais, 3e. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Une librairie de polars derrière les barreaux

Incidemment, la nouvelle m’est parvenue il y a quelques jours, et il est vrai que je n’étais pas passé par la rue Juliette Dodu (Paris, 10e) depuis un certain temps. Ainsi, la librairie La Grande Crimerie (pourtant, le titre était prometteur !) avait définitivement fermé ses portes.

Et c’était soudain comme un coup de blues qui m’envahissait.

J’avais rencontré le libraire et sa compagne en juin 2009, peu après qu’ils ont repris la précédente librairie, L’Introuvable (décidément, le polar est difficile à emprisonner !), et ils m’avaient confié l’espoir qu’ils plaçaient dans cette activité.

Comme j’ai voulu en avoir le cœur net, je me suis rendu hier sur les lieux du crime et j’ai ensuite appelé Richard Strinati qui m’a raconté en quelques phrases ce qui était arrivé.

«  En fait, la rue Juliette Dodu est peu fréquentée (non pas qu’elle le soit mal) : j’avais conservé une partie des fidèles de la librairie précédente, mais il y avait peu de nouvelles têtes. Le manque de clients a fini par me poignarder.

Je pense que l’emplacement d’une librairie, et donc sa visibilité, joue beaucoup dans son développement et son succès. Ensuite, il faut animer le lieu. Après, c’est le bouche à oreille…

Nous avons donc arrêté les frais le 8 mai 2010, le jour d’une dernière « signature ». J’en avais organisé d’ailleurs régulièrement et c’était passionnant.

Maintenant, je vais essayer de m’orienter vers le domaine de l’édition, j’ai gardé des contacts avec des auteurs rencontrés sur place, ou alors je pourrais organiser et tenir le rayon « policier » d’une librairie, je crois posséder les compétences requises… »

lgc1_dh.1285046446.jpg (Photo : cliquer pour agrandir.)

Derrière ses barreaux, La grande crimerie est devenue une sorte de trou noir – mauvais présage dû à Télérama ? Mais quel commerce lui succèdera ? Vêtements, babioles, épicerie bio ?

Dans le dixième arrondissement, deux librairies généralistes se sont récemment ouvertes : Aux livres, etc., rue René Boulanger (dirigée par le couple Béranger) en mai dernier, et La plume vagabonde, rue de Lancry (précédemment située rue de la Fontaine-au-Roi, 11ème), en décembre 2009.

Note pour Richard Strinati : on y trouve aussi des polars, c’est dire !

lgc2_dh.1285046684.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann  

Bir Hakeim, un pont très près

Cette vidéo a été tournée avec un appareil photo Canon Power G7, sans pied, samedi 18 septembre, de 16 h 18 à 16 h 39, sur le pont de Bir-Hakeim, Paris (16e).

Elle comporte les 31 plans originaux. Au  montage, un seul d’entre eux a été réduit en longueur (travelling précédant la survenue de la voiture décapotable) et un autre éliminé (panneau indicateur, vers la fin, qui était vu sous un autre angle).

Le générique a été réalisé par l’adjonction de 3 plans spécifiques.

Durée totale : 5’34.

Dominique Hasselmann

Réverbérations diverses

Jolie semaine, mais un peu chargée, pour Nicolas Sarkozy, et reprise avec tous les détails ici.

« L’éclairage » à la Bernard Squarcini (patron de la DCRI) concernant David Sénat, le bien-nommé, et Frédéric Péchenard (grand manitou de la police nationale), s’entretenant avec le brigadier de police qui s’était fait insulter par son fils en état d’ébriété sur les Champs-Elysées, il y a deux ans : encore une sombre affaire de fuites !

reverberations1_dh.1284790478.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Hier soir, la tour Eiffel, là où Brice Hortefeux tient ses conférences de presse sur le mode discret du « Tremblez, braves gens ! », faisait tournoyer son pinceau lumineux au-dessus des promeneurs attardés.

reverberations2_dh.1284790641.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Le Palais de Tokyo était à moitié ouvert (deux salles d’installations…), et la boule rouge de l’immense restaurant resplendissait dans l’obscurité de l’avenue du Président Wilson. A côté, le Musée d’art moderne de la ville de Paris annonçait une exposition Basquiat à partir du 15 octobre : prévoir l’insertion dans la sûrement longue file d’attente.

reverberations4_-dh.1284790810.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Au bas des « Marches du Palais », restau sympa où l’on prend dehors une tisane et une pression Heineken, cette rue qui porte un nom poétique ou politique, nous sommes dans le seizième arrondissement.

reverberations3_dh.1284791041.jpg (Photo : cliquer pour agrandir.)

Dans le métro du retour, contrôle-surprise des billets par deux malabars en veste verte siglée CSA (sic) et RATP. Ma compagne ne retrouve pas le sien : on ajoutera 25 €, payables illico en carte bancaire, à la note de la terrasse.

reverberations5_dh.1284791188.jpg (Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Piaillements du chef

C’est déjà, dirait-on, l’heure des grandes marées politiques. « Chienlit » pour Dominique de Villepin, « pétaudière » pour Laurent Fabius : ces déclarations entendues hier, concernant le gouvernement actuel, sont-elles bien responsables ?

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A Bruxelles, Nicolas Sarkozy a eu un échange « mâle et viril » (Carla devrait apprécier) avec José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Cependant, les refrains et piaillements du chef sur les Roms n’ont, semble-t-il, pas convaincu certains de ses interlocuteurs.

Si la fameuse circulaire du 5 août adressée aux Préfets de la Répubique n’était pas discriminatoire, pourquoi aurait-il fallu que l’on en pondît une nouvelle moins « ciblée » ?

Je repense alors au livre de Julian Barnes, Le Perroquet de Flaubert. L’autre jour, au bord de la mer, l’oiseau de l’Histoire qui se répète – ce n’est pas celui de Minerve – venait faire signe d’un étrange présage.

audresselles2.jpg(Photos prises à Audresselles, Pas-de-Calais, le 11 septembre. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Bret Easton Ellis (Island)

Le diable est-il entré dans la pièce ? Il brille dans la chambre noire qui est forcément celle d’un Polaroïd. Le style court, comme le mal, nerveux, les verbes sont au présent. A Los Angeles, les voitures filent en silence, en ligne. Suite(s) impériale(s) stationne.

Ici, un portrait de Bret Easton Ellis : une île (lui-même ?) qu’il a quittée pour la cité du cinéma, et voici un dirigeable dans le ciel.

bee1_dh.1284610475.jpg bee2_dh.1284610561.jpgbee3_dh.1284610617.jpg bee4_dh.1284610841.jpg bee5_dh.1284610911.jpg bee6_dh.1284611001.jpgbee7_dh.1284611550.jpg bee8_dh.1284611086.jpg(Photos : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann