« Le Vaincre »

C’était un pur instant de calme, seuls le léger clapotis de la Seine, son friselis, et quelques pépiements d’oiseaux perçaient le roulement de la circulation automobile encore faible. Dans notre dos, ce bateau se balançait imperceptiblement au gré des ondes laissées par les vedettes à touristes qui embarquent au Pont Neuf.

le-vaincre1_bd.1282630445.jpg (Photo : cliquer pour agrandir.)

J’ai su plus tard que se tenait juste en face, puisque nous étions tout en bas du quai Conti, l’exposition d’un grand photographe ; il paraît qu’elle se terminait dès le lendemain, dimanche. Mais je n’avais pas étudié le programme des sorties dans la capitale et nous vagabondions seulement au gré de notre fantaisie.

le-vaincre2_bd.1282630568.jpg (Photo : cliquer pour agrandir.)

Le nom de la petite péniche m’a fait penser au dernier film de Bellochio, Vincere : c’était sans doute un signe, même si je ne suis pas Italienne. J’ai pourtant décidé de te vaincre, en quelque sorte, et j’ai posé ma jambe sur toi, je l’ai décochée comme une flèche, je te l’offrais et qu’importe que ce geste amoureux puisse être aperçu – qui sait ? – par un simple piéton de Paris.

le-vaincre3_bd.1282630712.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Benoît Dehort

Willy Ronis, la patte du lion photographe

En me dirigeant, samedi après-midi, vers le Pont-neuf – juste à traverser – pour aller voir, la veille de la fermeture de l’exposition à la Monnaie de Paris, les photos de Willy Ronis, je pris quelques clichés, il faisait ciel bleu sur la capitale quasi caniculaire.

wr1_dh.1282544209.jpg(Photo : Paris, 21 août. Cliquer pour agrandir.)

« C’est la perception du temps fort qui commande le déclic, cet instant où nous estimons, au terme d’un rapide balayage du champ couvert par le viseur, que nous tenons, rassemblés dans une composition idéale, les diverses figures articulant ce ballet, dont le chorégraphe, souvent génial, a pour nom le Hasard. »

(Willy Ronis, Sur le fil du Hasard, Contrejour, 1981.)

wr2_dh.1282544593.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

La file d’attente était moins importante que je ne le craignais, et vers 16 heures 30, après une demi-heure d’attente, le bouchon sautait.

wr3_dh.1282543199.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Première impression : trop de photos, trop de monde, trop de petites salles : cela manquait d’espace (ce qui n’était pas le cas à la mairie de Paris lors d’une précédente exposition de l’artiste). Mais rapidement, l’attrait des images l’emportait sur les désagréments de l’abordage des piliers ou des différentes pièces en enfilade.

wr4_dh.1282543294.jpg (Photo : cliquer pour agrandir.)

Les photos, chez Willy Ronis, comportent en effet leur propre espace de respiration : l’oxygène qui s’en dégage suffit à faire oublier la foule qui vient les scruter et essaie de déchiffrer les très diserts commentaires qui les accompagnent (considérations sur le cliché lui-même le plus souvent très intéressantes).

Au cours de la déambulation, on retrouve les thèmes favoris du photographe « humaniste », tel qu’il a été promptement étiquetté : les surprises de la rue à Paris ou ailleurs, le poids du travail, les amoureux, les nu(e)s (il y aurait un rapport entre ceux-ci), les voyages…

Beaucoup d’images inédites, notamment celles prises à Londres, New York, ou à Moscou et en RDA. Willy Ronis fut communiste, à l’époque où le parti français (oui, malgré ce que disaient ces détracteurs) avait encore un poids puissant dans la balance sociale.

wr5_dh.1282543518.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Et puis, on retrouve la patte du lion photographe, celui qui sait saisir l’instant – comme la boule métallique qui file et tourneboule sans doute dans le flipper de Brassaï – lui qui est tantôt nostalgique, amusé, esthète, camarade.

Chaque photo de Willy Ronis mériterait deux ou trois minutes d’arrêt (sur image) : multipliées par 150, il aurait fallut arriver dès le matin ! Une chose frappe cependant : tous ces clichés de personnes, sans l’ombre du couperet du « droit à l’image », refrain juridique fatigant, pourrait-on encore les prendre et les diffuser ?

Mais celui qui aurait eu cent ans cette année a laissé une empreinte historique : l’argentique était aussi dans sa crinière, et l’on découvre ici avec admiration ce qu’à vu son regard en noir et blanc (principalement).

wr6_dh.1282543722.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Près de Bailleul (Nord)

Cette vidéo est incomplète, mais, tant pis, je la diffuse telle quelle.

Petite fiche technique, qui me rappelle celles, détaillées, qui accompagnent les photos (admirables) de l’expo Willy Ronis à Paris, visitée hier, et qui se termine aujourd’hui :

Les séquences du film ont été tournées près de Bailleul (Nord), le 19 août. Car je fais partie de « la gauche milliardaire » et de ses « bien-pensants », comme vient de hoqueter Hortefeux.

Le soir, j’ai effectué le montage et, après avoir compressé le document, je l’ai envoyé sur YouTube. Mais, à ma grande surprise, seules les sept premières secondes avaient été gardées. Déjà quelques visiteurs (informés comment ?) avaient pu en voir le début qui s’arrêtait brusquement.

Après plusieurs tentatives, et un changement de micro-ordinateur une fois rentré à Paris samedi, j’ai refait le montage et puis, finalement, trop énervé, j’ai tout mis à la corbeille car je me trouvais toujours en butte au même problème.

C’est seulement ce matin que j’ai pu recommencer mais, hélas, au cours de mes manipulations, les originaux de plusieurs plans avaient disparu : deux oies se dandinant devant une ferme et dont on entend encore le cacardement, une voiture traversant le paysage en plan fixe, une cycliste suivie de loin en travelling, un plan au téléobjectif d’un tracteur manoeuvrant lentement dans un champ, une vue assez captivante de ciel nuageux bougeant…

Il reste donc un très simple (et vraiment mini) court-métrage, le voici.

Dominique Hasselmann

Chabot(tée) en touche

Ce n’est pas l’info du siècle et, à la limite, on s’en moque : Arlette Chabot, directrice de l’information – car celle-ci a besoin d’une direction – sur France 2, a été « relevée de ses fonctions  » par le nouveau patron de France Télévisions, Rémy Pfimlin, nommé en juillet par le président de la République.

Elle n’a pas voulu choisir entre son émission-phare mensuelle – elle avait aussi reçu Nicolas Sarkozy lui-même lors du fameux débat avec Ségolène Royal le 2 mai 2007 – et sa fonction d’orientation des journaux télévisés que l’on n’arrive hélas pas à différencier, ou si peu, de ceux de TF1 (la « une » consacrée systématiquement aux sports quand il y a de la médaille dans l’air ou dans l’eau, par exemple).

On appréciera donc toujours le débit rapide et alerte d’Arlette, ses interruptions permanentes, ses questions oiseuses, son attitude agressive avec « les petits » et carpette avec « les grands » (par leur situation politique), ses lapsus, ses embrouillamini, ses confusions, ses approximations…

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(Arlette Chabot, photo archives AFP. Le tag a été rajouté.)

Mais surtout, cette journaliste n’était pas fiable, politiquement parlant (Patrice Duhamel serait également dans le collimateur) : les élections présidentielles approchent à petits pas, il faut s’assurer dès maintenant que les médias dominants sont « dirigés » dans le bon sens.

Arlette va cependant pouvoir continuer à le dire et le proclamer, en bafouillant un peu plus : A vous de juger.

Cependant, sa Légion d’honneur ne lui a pas été retirée, alors de quoi pourrait-elle finalement se plaindre ?

Dominique Hasselmann

Houblon sous ciel tavelé

Les nuages jouent à saute-mouton, ils sont pommelés, effilochés, se transforment à vue d’œil : quelques traces de peinture blanche et mobile sur l’étendue de la voûte. Un pinceau décidément céleste s’amuse.

La petite route grimpe entre les champs, et voilà soudain la plantation de houblon sous ciel tavelé, ses poteaux penchés, les quelques fermes dispersées. On ne peut croiser une voiture qu’en s’arrêtant soi-même son véhicule sur le bas-côté, comme dans certains coins reculés d’Ecosse.

Des chevaux paissent ou broutent tranquillement. Leur robe (car ils s’habillent pour sortir) est couleur fauve, elle resplendit au soleil intermittent. Ils se sont faits beaux pour aller prendre l’air. Je repense au goût écoeurant de la viande chevaline : consistance de mou, odeur forte comme venue d’écurie, saveur persistante après déglutition.

J’enjambe la barrière de bois qui délimite le champ où ces animaux passent leur temps à manger de l’herbe, je m’approche à pas de loup : l’un des canassons s’éloigne peureusement.

Un autre hennit, c’est bizarre la manière qu’ils ont de s’exprimer, une sorte de rire torve et sardonique.

Mon fusil de chasse dispose d’un canon scié, ça prend moins de place dans le sac. Deux cartouches, du gros (type sanglier), je vise la tête de celui qui ne bouge pas et me regarde avec ses yeux noirs même pas interrogateurs.

La détonation se fait entendre, mais la campagne ne tremble pas. La bête s’affale comme une voile dégonflée, le sang ajoute du rouge au jaune de la terre. La tête est partie en morceaux, les quatre pattes s’agitent un moment puis cessent leur danse de Saint-Guy. Les autres chevaux se sont mis à galoper en tous sens.

Je retourne à la barrière et remonte dans la voiture, je démarre sur les chapeaux (ronds) de roues. Auparavant, j’avais vissé de fausses plaques d’immatriculation en 59.

Il est rassurant que les boucheries chevalines aient pratiquement disparu partout en France.

tracteur_dh.1282283736.jpg(Image extraite d’une vidéo réalisée hier à Bailleul, Nord. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Y-a-t-il des Roms à Lille ?

Il ne serait pas étonnant que dans cette municipalité de Lille (Nord) dirigée par une socialiste d’appellation d’origine contrôlée, et dont la gestion sécuritaire a été montrée du doigt récemment par Christian Estrosi (fils d’un émigrant italien) – maire de la ville où se promènent des Anglais et ministre chargé de l’Industrie – quelques Roms abusent de la crédulité publique en mendiant effrontément et encombrent des « camps » dissimulés derrière des corons d’apparence pacifique.

Récemment, un reportage sur France 2 osait comparer les chiffres de la délinquance à Nice et à Lille : celle-ci avait plus baissé dans la capitale des terrils désaffectés que dans celle des palmiers astiqués. Mais on connaît la partialité de cette chaîne (Bruno Patino y mettra peut-être bon ordre numérique) par rapport à TF1 qui ne fait pas de politique mais avant tout de l’information de terroir.

Que certaines personnes à Bruxelles se permettent de critiquer la politique française (oui, Monsieur !) d’expulsions actuelle est déplorable : c’est ça, l’Europe ? « Le quai d’Orsay » (Bernard Kouchner dispose d’un porte-parole disert, cela lui permet de rester en retrait dans cette affaire) a promptement réagi à ces accusations dénuées de tout fondement.

Non, tout est en ordre, Alles ist in Ordnung !

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(Photo : vue de Lille, hier soir. Cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Images périphériques dues à un porte-vélos

Samedi dernier, vers midi, j’ai roulé de Paris jusqu’à Argenteuil (95), où je devais m’acheter un porte-vélos (en effet, la météo s’annonce très engageante pour les jours à venir), l’ancien, uniquement fait de lanières Go Sport, ayant disparu dans les profondeurs du désordre empilé et dissuasif de la cave.

periph1_dh.1282109150.jpg(Photo : cliquer pour agrandir. La chanson qui suit est de Raphaël.)

Je n’ai croisé aucune caravane, comme celles très bien filmées à Bordeaux, le 15 août, par Brigitte Giraud. La circulation était étonnamment fluide, il est vrai que les vacances ne sont pas encore vraiment terminées.

periph2_dh.1282109355.jpg(Photo : cliquer pour augmenter la facture.)

Grâce à mon GPS j’ai trouvé sans problème le rond-point où se dresse le bâtiment de Norauto : la réceptionniste m’avait indiqué par téléphone qu’elle possédait en magasin trois exemplaires du modèle qui m’intéressait.

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Or, une fois arrivé à destination, elle me déclare tout de go : « Je suis désolée, mais il ne m’en reste plus aucun, c’est une erreur informatique ! » Je lui fais remarquer que je suis venu de Paris exprès… alors elle me dit qu’il y a toujours celui en exposition, pour moi c’est OK. Je discute ensuite avec une vendeuse responsable qui consent à me vendre l’engin et m’offre en plus une courroie jaune qui pourrait toujours servir.

periph3_dh.1282109597.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

En rentrant par le périphérique, j’entends reparler à la radio de ces destructions de « camps » et expulsions de Roms. Je repense alors au titre d’un livre de Georges Darien, « La Belle France » (1898). L’auteur est décédé le 19 août 1921, demain ce sera donc le quatre-vingt neuvième anniversaire de sa mort.

periph4_dh.1282110482.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

2 fois 19

Ce quartier de Paris, je le connais peu (l’auteur de ce blog l’arpente à ma place) mais, l’autre jour, je fus amené à y passer fortuitement et je tombai sur un phénomène étrange.

Au bout de la rue des Vinaigriers (10e), une voie minuscule lève le coude et débouche dans la rue de Lancry ; elle porte le nom d’un résistant, Jean Poulmarc’h, fusillé le 22 octobre 1941. Et là, un moment, j’ai cru que je voyais double car la numérotation de deux vitrines contiguës était la même : 2 fois 19.

devantures1_bd.1282022485.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Pourtant, je n’avais pas la berlue, mes lunettes étaient bien posées sur mon nez et mes oreilles et ma carrosserie n’avait pas encaissé un coup dans l’aile.

devantures2_bd.1282022581.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Il existe certes un mystère des nombres. Ceux-ci peuvent sans doute être reproduits à l’infini – je me souviens, en cours de mathématiques, du 8 couché signifiant cet univers non mesurable. Mais la municipalité parisienne aurait-elle laissé accomplir une telle manœuvre sans lever le petit doigt ?

Que pensait le facteur (au fait, que devient Olivier Besancenot ?) de ce trouble dans les urbains ? Qui était propriétaire de ces murs : une seule ou 2 personnes distinctes ?

Je ne pouvais pénétrer dans ces magasins dont les devantures avaient tiré le rideau et j’en restais à quelques hypothèses : dialogue de l’ombre double, décalcomanie des numéros indicateurs, photocopie métallique d’un carré numérique…

Un peu plus loin, un engin de travaux publics (plan signé Godard ?) semblait menacer une boutique qui fermait définitivement ses portes et son prix de vente avait sans doute, lui aussi, été fixé à seulement 1 €.

devantures3_bd.1282022787.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Benoît Dehort 

Touristes et « gens du voyage »

Tandis que se poursuit la politique visant à restreindre les droits des Roms, les touristes profitaient des derniers feux du soleil à Paris : c’était le cas samedi dernier. Mais ne sont-ils pas, après tout, eux aussi, des « gens du voyage » ? Une législation spécifique ne devrait-elle pas leur être appliquée, par mesure de précaution et de salubrité publique ?

touristes1_dh.1281931601.jpg(Photo : canal Saint-Martin, Paris, 10e, le 14 août. Cliquer pour agrandir.)

En effet, est-il bien normal que des étrangers (Américains, Hollandais, Anglais, Belges…) viennent ainsi se balader en toute tranquillité sur nos routes, dans nos villes et villages, nos rues, nos canaux, sans être soumis à un certain nombre d’obligations ?

Il apparaît indispensable qu’ils puissent prouver (par un examen préalable avant leur entrée sur le territoire national) leur capacité à parler français, leur connaissance des mœurs et de l’Histoire de notre pays, le respect de ses coutumes, et qu’ils dépensent un minimum d’argent chez nos commerçants (le montant sera fixé par décret annuel),  après avoir déposé à l’avance leur itinéraire et planning d’occupations au commissariat de police ou à la gendarmerie de leur lieu de villégiature.

touristes2_dh.1281931738.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Si la France est la destination mondiale numéro 1 pour le nombre de touristes qu’elle attire, peut-on tolérer que certains ressortissants de pays frontaliers viennent contribuer dans le même temps à obstruer nos autoroutes avec leurs caravanes, remplir nos campings au détriment des « nationaux », s’étaler sur nos plages souvent avec indécence (combien de seins nus sont-ils d’origine étrangère ?), s’entasser aux terrasses des cafés et des restaurants en buvant et rotant sans retenue, tout en faisant retentir fortement des idiomes qui écorchent les oreilles des autochtones ?

Il est temps que Brice Hortefeux se penche sur cette délicate question. Certes, notre balance commerciale enregistre avec satisfaction (6,3 % de notre PIB) ces flux migratoires, heureusement périodiques et fonctionnant dans les deux sens. Mais notre identité nationale ne risque-t-elle pas de s’effriter chaque année un peu plus à cause de cette invasion non contrôlée ?

D’après nos informations recueillies à bonne source, la création d’un grand Ministère de la gestion des touristes (MGT) – visant à réguler précisément leur afflux – est à l’étude : celui-ci serait rattaché logiquement au ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales.

Une casquette (ou un képi) de plus pour un ami fidèle du chef de l’Etat.

touristes3_dh.1281931964.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann

Gloire au député Jean-Pierre Grand

Une voix forte s’est élevée, samedi, après l’évacuation par la police d’un groupe de Roms à Montreuil (Seine-Saint-Denis) : celle du député Jean-Pierre Grand.

Gloire à lui, à son courage, à sa lucidité face aux expulsions actuelles pilotées par Brice Hortefeux (il doit atteindre le quota des 300 « camps illégaux » évacués) dans le silence cotonneux de la mi-août.

« Tous les Républicains ne pourront que condamner ces méthodes qui rappellent les rafles pendant la guerre », a notamment déclaré Jean-Pierre Grand, député UMP villepiniste, qui fait honneur – sans faire partie du contingent de la légion Woerth – à sa mission de représentant du peuple.

La sénatrice-maire de Montreuil, Dominique Voynet, est-elle encore en vacances ?

On aimerait entendre ou lire, face à la situation actuelle, des diatribes dans le style de celles de Gracchus Babeuf, même si cela n’a évidemment aucun rapport. Mais, aujourd’hui, le stylo et le style d’opposition ont été apparemment estourbis par la matraque.

« Il est ordonné de laisser le gouvernement affamer, dépouiller, avilir, enchaîner, torturer, faire périr le Peuple sans empêchement, obstacle ni murmure.

Il est ordonné de louer, d’admirer, de bénir cette oppression, et d’articuler qu’il n’y a au monde rien de si beau et de si adorable.

Il est ordonné de dire du bien de ce qui est monstrueux et assassin, et de charger d’imprécations et de blasphèmes ce qui méritera l’hommage et les respects des hommes justes de toutes les nations et de tous les siècles ; il est ordonné de se prosterner devant le code atroce de 95, et de l’appeler loi sainte et vénérable ; et il est ordonné de maudire le pacte sacré et sublime de 93, en l’appelant lui-même atroce.

Il est ordonné de baisser servilement le front sous toutes les calomnies qu’il plaira au gouvernement de répandre contre le Peuple entier et contre ses plus fidèles et courageux défenseurs ; et il est ordonné que ceux-ci ne pourront répondre à ces calomnies odieuses, et que, s’ils s’avisaient de le faire, le Peuple lui-même se rendrait coupable par le seul fait d’oser lire un écrit où on le disculperoit, et où l’on le vengeroit de ses puissants calomniateurs.

Sommes-nous bientôt las de tant d’infâmes vexations ? Puisqu’il n’est plus de terme où l’on puisse concevoir que nos dominateurs s’arrêteront d’eux-mêmes, nous demanderons, nous, quel est le terme que nous voulons convenir qu’ils ne dépasseront pas ? (…)

Amis ! tous ceci n’est rien. Je vous prescris de rester énergiques.

La Liberté est inépuisable en ressources. La Liberté a jetté de profondes racines dans un grand nombre de cœurs : la Liberté en France est immortelle.

Le despotisme, avec son impudeur et tous ses ressorts astucieux et cruels, luttera vainement contre les simples inspirations de la vertu. Le despotisme se noiera lui-même dans ses propres excès. Nous nous élèverons à la hauteur du courage qui nous est utile ; nous le proportionnerons à nos dangers ; nous vaincrons. »

Gracchus Babeuf, Le Tribun du peuple (1794-1796), Union Générale d’Editions, 1969, pages 319-320 et 322. L’orthographe est celle d’origine.

babeuf_dh.1281845975.jpg(Photo : cliquer pour agrandir.)

Dominique Hasselmann